Exercices corrigés en vidéo

Ut pictura poiesis : le calligramme

Exercice : Ut pictura poiesis : le calligramme

 

Poème : Apollinaire, Calligrammes, 1918.

 

Questions

1. Qui se mire dans le miroir, normalement, à la lecture du poème ? Pourquoi le texte joue-t-il avec cela ?

2. Y a-t-il un début et une fin précises du texte ? Pourquoi est-ce lié aussi à l’image du miroir ?

Ut pictura poiesis : l'espace de la page

Exercice : Ut pictura poiesis : l’espace de la page

 

Poème : Léopold Sedar Senghor (1906-2001), « Jardin de France », Poèmes inédits, (1960).

Calme jardin,
Grave jardin,
Jardin aux yeux baissés au soir
Pour la nuit,
Peines et rumeurs,
Toutes les angoisses bruissantes de la Ville
Arrivent jusqu’à moi, glissant sur les toits lisses,
Arrivent à la fenêtre
Penchée, tamisées par feuilles menues et tendres et pensives

Mains blanches,
Gestes délicats,
Gestes apaisants.
Mais l’appel du tam-tam
                                   bondissant
                                                  par monts
                                                                et
                                                                  continents,
Qui l’apaisera, mon cœur,
A l’appel du tam-tam
                             bondissant,
                                           véhément,
                                                        lancinant ?

 

Questions

1. Comment interprétez-vous les décalages des vers des deux dernières strophes ?

2. Que pensez-vous, en termes graphiques, de l’enjambement du vers 7 ?

« Arrivent à la fenêtre 
Penchée, tamisées par feuilles menues et tendres et pensives 

Diérèse et synérèse

Exercice : Diérèse et synérèse

 

Poème A : Baudelaire, extrait de « Paysage », premier poème de la section des « Tableaux parisiens », Les Fleurs du mal, 1857.

(…) Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
L’Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

 

Question

Où se trouve la synérèse dans l’extrait du poème ci-dessus ?

 

Poème B : Baudelaire, extrait de « Elévation », Les Fleurs du mal, 1857.

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

 

Question

Relevez les diérèses dans l’extrait du poème ci-dessus.

Enjambement et rejet

Exercice : Enjambement et rejet

 

Poème : Rimbaud, « Le dormeur du val », Poésies, 1888.

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Question

Repérez les enjambements internes et externes. Indiquez s’il s’agit de rejets ou de contre-rejets.

Les figures de sonorités

Exercice : Les figures de sonorités

 

Poème : Baudelaire, « Paysage », premier poème de la section des « Tableaux parisiens », Les Fleurs du mal, 1857.

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.

II est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.

L’Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

 

Question

Relevez la ou les allitération(s) ; la ou les assonance(s) ; la ou les paronomase(s).

La poésie en prose

Exercice : La poésie en prose

 

Poème : Charles Baudelaire, « Enivrez-vous », poème XXXIII, Le Spleen de Paris, 1869.

ENIVREZ-VOUS

  Il faut être toujours ivre. Tout est là. C’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

   Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

  Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.

 

Questions

1. Analysons la musicalité du poème. Relevez des figures sonores (allitérations, assonances).

2. Quelle phrase revient dans le poème ? À quoi, par rapport à la poésie en vers, peut-on la rapprocher ?

3. Étudiez la composition du poème : en quoi se donne-t-il à lire comme une unité poétique ?

Le surréalisme

Exercice : Le surréalisme

 

Poème : André Breton, extrait du recueil Clair de terre, 1923.

À Paris la tour Saint-Jacques chancelante
Pareille à un tournesol
Du front vient quelquefois heurter la Seine et son ombre glisse imperceptiblement parmi les remorqueurs
À ce moment sur la pointe des pieds dans mon sommeil
Je me dirige vers la chambre où je suis étendu
Et j’y mets le feu
Pour que rien ne subsiste de ce consentement qu’on m’a arraché
Les meubles font alors place à des animaux de même taille qui me regardent fraternellement
Lions dans les crinières desquels achèvent de se consumer les chaises
Squales dont le ventre blanc s’incorpore le dernier frisson des draps
À l’heure de l’amour et des paupières bleues
Je me vois brûler à mon tour je vois cette cachette solennelle de riens
Qui fut mon corps
Fouillé par les becs patients des ibis1 du feu
Lorsque tout est fini j’entre invisible dans l’arche
Sans prendre garde aux passants de la vie qui font sonner très loin leurs pas traînants
Je vois les arêtes du soleil
À travers l’aubépine de la pluie
J’entends se déchirer le linge humain comme une grande feuille
Sous l’ongle de l’absence et de la présence qui sont de connivence
Tous les métiers se fanent il ne reste d’eux qu’une dentelle parfumée
Une coquille de dentelle qui a la forme parfaite d’un sein
Je ne touche plus que le cœur des choses je tiens le fil (…)

  1. ibis : oiseau exotique au bec long.

 

Questions

1. En quoi la forme de vers choisie témoigne-t-elle de la modernité du poème ?

2. Relevez au moins quatre images « surréalistes ».

3. En quoi ces images témoignent-elles de la volonté de Breton de sortir d’une poésie rationnelle ?

Les versets

Exercice : Les versets

 

Poème : Léopold Sédar Senghor, Éthiopiques, « À New York », 1956.

À NEW YORK

(pour un orchestre de jazz : solo de trompette)

New York ! D’abord j’ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d’or aux jambes longues
Si timide d’abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l’angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l’éclipse du soleil.
Sulfureuse1 ta lumière et les fûts2 livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
– C’est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l’air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses. Pas un rire d’enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l’absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d’insomnie ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides
Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d’enfants.[…]

  1. sulfureuse : qui contient du soufre, traditionnellement associé à l’Enfer.
  2. fût : partie centrale d’une colonne ou d’un tronc.

 

Questions

1. Prouvez que le poème est écrit en verset.

2. Le poème accompagne « un solo de trompette ». Montrez, en analysant les deux vers suivants, que les versets sont musicaux :

  • par le rythme ;
  • par les sons.

« Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres. »