Les métamorphoses du moi : XVIIIe et XIXe siècles

Les métamorphoses du moi aux XVIIIe et XIXe siècles

Comment traiter de la question des métamorphoses du moi à propos des XVIIIe et XIXe siècles ? On ne s’interroge pas forcément sur la façon dont chacun se transforme au cours de sa vie, mais sur la façon dont on a considéré et défini le moi à travers les âges (de façon psychologique, sociologique ou autre).

 

I. Exemple pour le XVIIIe siècle

 

– Les Confessions, de Jean-Jacques Rousseau. Texte autobiographique majeur du XVIIIe siècle, souvent désigné comme la première autobiographie en français (auparavant on peut citer Les Essais de Montaigne, mais il s’agit d’un autre genre). Rousseau se revendique de l’écriture de sa propre vie : il en fait l’examen ainsi que de ses choix moraux. En effet, dans le terme « Confessions », il y a l’idée de moralité, d’avouer potentiellement des fautes pour tenter d’obtenir le pardon et d’attendre le jugement de ses lecteurs. Rousseau était très préoccupé de ce jugement moral, il a eu beaucoup de difficulté dans la société de son temps, et écrit un texte « Rousseau, juge de Jean-Jacques ». Il définit le « moi » par la sensibilité et la conscience morale. Il présente ses choix de telle façon à montrer qu’il est influencé par ses émotions (sensibilité) mais aussi par sa volonté d’être juste et parfois la tentation d’être injuste (conscience). C’est un exemple d’introspection, d’examen du « moi » pour tenter de comprendre à la fois son existence concrète et de chercher un pardon.

 

II. Exemples pour le XIXe siècle

 

– Le Horla de Maupassant est une des premières nouvelles fantastiques. Le personnage est en proie à un dédoublement de soi dans la folie (attention cela révèle la fin de l’histoire). Le personnage principal voit des choses surnaturelles qui se passent chez lui. Par exemple, il imagine que quelqu’un vient chez lui, mais en fait ce n’est pas le cas. Il a un dédoublement de la personnalité. Le « moi » est habité par plusieurs forces. La maison où il y a un étranger est une métaphore du moi, entité habitée par des forces contraires, des forces qu’on ne s’avoue pas, qui donnent lieu à des conflits. Cela préfigure ce qui sera théorisé par la psychanalyse de Freud.

– Nietzsche écrit de nombreux textes notamment Par-delà le bien et le mal, où il invite chacun à se définir comme un individu qui se distingue du groupe, de la masse. Cela mène à un élitisme qui peut être un peu perturbant, gênant, un appel à se perfectionner sans cesse pour ne pas se laisser influencer par le groupe. Cette vision était partagée par Rousseau, dans la même idée que l’affirmation de soi-même est primordiale même si elle va à contre-courant, et isole.

– Marx et Engels, avec Thèses sur Feuerbach, mais aussi d’autres textes développent cette idée du matérialisme historique et du déterminisme. Le moi est déterminé par ses conditions matérielles d’existence. La personnalité, les choix politiques, idéologiques, religieux sont déterminés par les ressources, les besoins et cela génère des satisfactions et contrariétés qui vont avoir des conséquences psychiques. Le matérialisme historique est plus compliqué que ça. Le moi n’est plus une âme individuelle créée de tout temps, mais l’âme est poreuse aux influences extérieures.