Les séductions de la parole à l’Antiquité

Les séductions de la parole à l'Antiquité

I. Antiquité grecque

 

– Homère, L’Odyssée, « Chant des sirènes » (chant XII)

L’Odyssée est le texte qui parle d’Ulysse et du retour d’Ulysse à Ithaque suite à la guerre de Troie. Ce chant des sirènes met en scène la séduction. Il s’agit d’une séduction par la musique, la mélodie, d’une forme de parole qui n’est pas articulée, qui est abstraite, qui en appelle à l’émotion. On est dans la séduction pure. C’est une manière aussi de réfléchir aux autres types de séduction que les séductions de la parole. Il y a un contre-point archétypal, c’est-à-dire la manière dont on peut penser la séduction ramenée à son plus simple appareil, à savoir le chant, la musique.

 

– Aristophane, Les Nuées

Aristophane est un auteur grec de pièces de théâtre, notamment de comédies. Les Nuées est une comédie où un père veut faire suivre à son fils l’enseignement de Socrate. Socrate, connu comme philosophe et représenté dans les dialogues de Platon dont il était le professeur, devient un personnage de comédie théâtrale. Cette comédie se passe en plusieurs temps. Le but est que le fils apprenne à faire des discours trompeurs. Cela semble un peu paradoxal car Socrate se place du côté des philosophes, ceux qui cherchent la vérité, la sagesse, le bien, la justice. De l’autre côté, ceux qui cherchent à fabriquer des discours trompeurs sont plutôt des sophistes, auxquels s’opposent justement Socrate et Platon.

Il y a donc une « erreur de casting » de la part de ce père qui veut envoyer son fils chez des rhéteurs : des individus qui pratiquent la rhétorique et pas chez des philosophes. D’où des quiproquos et des situations comiques dans cette pièce.

Les Nuées est une pièce contemporaine de Socrate. C’est cette pièce qui aurait fait condamner Socrate ensuite car il est présenté de manière si négative que cela a pu nuire à sa réputation. Ce qui est important dans ce texte c’est de voir le lien entre la rhétorique, le discours séducteur, trompeur et la manière dont on a pu les recevoir à leur époque, à savoir soit dans l’opposition avec Socrate, soit dans le fait de vouloir être capable de séduire par la parole, avec le père qui veut que son fils soit capable de faire cela.

 

– Gorgias, Éloge d’Hélène

Gorgias est un sophiste. Il prend la défense d’Hélène (celle qui a causé la guerre de Troie). Gorgias prend le contre-pied à dessein et fait son éloge en montrant les raisons pour lesquelles elle était tout à fait dans son droit de se laisser capturer et de partir pour Troie. À travers cet éloge, Gorgias est un peu provocateur puisqu’il va à contre-courant des opinions habituelles. C’est aussi un éloge de la persuasion puisqu’il dit à un moment qu’Hélène s’est laissé persuader, son cœur a été séduit. Il livre ici un morceau de rhétorique. Gorgias séduit par son discours et, en même temps, parle de la séduction par la parole donc ce texte est intéressant à ces deux niveaux.

 

– Platon, La République

C’est un texte où Platon invente la cité idéale. Il prend le parti de dire que le roi doit être philosophe. Ce roi philosophe doit se positionner sur la place des sophistes dans sa cité idéale. Il s’oppose aux sophistes en disant qu’il préfère contraindre les gens par la force à obéir à une loi plutôt que d’essayer de les convaincre par la raison et de les persuader par la séduction de la parole. On a ici une position extrême au niveau politique de Platon et qu’il reprend ensuite dans son œuvre Gorgias.

 

– Aristote, La Rhétorique (deuxième livre)

Aristote arrive après Platon, et va lui aussi opposer le pathos (terme grec que l’on traduit par souffrance) au logos (terme grec qui veut dire raison). En cela, il oppose la persuasion, c’est-à-dire le fait d’argumenter en en appelant aux sentiments, aux émotions, à la conviction, c’est-à-dire argumenter par la raison. Là aussi, Aristote prend fait et cause pour le logos par opposition au pathos.

 

II. Antiquité romaine

 

– Sénèque, Consolations, « Consolation à Polybe »

C’est la consolation la plus connue de Sénèque. Sénèque veut consoler Polybe, le secrétaire de Claude, l’empereur de l’époque. Il veut le consoler de la mort de son frère et le but détourné de Sénèque est de rentrer dans les grâces de l’Empereur. C’est un moment où Sénèque est en disgrâce par rapport à l’empereur Claude si bien qu’il développe une consolation très flatteuse. On a même pu finir par penser qu’elle n’était pas de Sénèque tant elle est flatteuse. C’est un morceau intéressant pour regarder comment quelqu’un comme Sénèque qui est stoïcien, assez mesuré, peut déployer une séduction de la parole.

 

– Boèce, Consolation de Philosophie

Il développe également un discours de consolation mais cette fois-ci dans la bouche du personnage de Philosophie, un personnage féminin qui se nomme Philosophie et qui incarne la philosophie en général donc la sagesse, la recherche de la sagesse. Ce personnage veut consoler Boèce de son sort car Boèce est condamné à mort, il est prisonnier, donc il écrit ce texte en prison pour se consoler lui-même. Il invente ces personnages, notamment Philosophie, pour avoir un discours, certes séducteur, mais surtout consolateur. On peut voir les bons usages des séductions de la parole.