Les séductions de la parole au Moyen Âge

Les séductions de la parole au Moyen Âge

Le Moyen Âge est une période longue, du Ve siècle au XVe siècle. Les exemples proposés sont centrés du XIIe au XIVe siècles.

 

– Abélard, Histoires de mes malheurs

C’est un texte autobiographique, en effet, Abélard y raconte sa vie. En réalité, le titre qu’avait donné Abélard était Consolation à un ami. Dans ce texte, Abélard, grand philosophe du XIIe siècle, expose ses mésaventures, tout ce qui lui est arrivé en malheur, en malchance, même en persécution parfois, pour pouvoir consoler un ami mais surtout pour le faire relativiser. Abélard cherche une protection à ce moment-là puisqu’il est dans une situation assez compliquée. Il essaie d’attirer la pitié de ses lecteurs. C’est une lettre adressée à quelqu’un en particulier mais qui va circuler dans de nombreux endroits, des monastères, notamment à l’époque, pour qu’il trouve une protection et un refuge puisqu’il est à l’époque plus ou moins nomade, il n’a plus de lieu sûr où loger. Ce texte se lit assez facilement, il est écrit en latin mais est traduit en français.

 

– André le Chapelain, Traité de l’Amour courtois

André le Chapelain est en garde d’une chapelle, c’était un homme d’Église du XIIIe siècle. Il traite ici de l’amour courtois parce qu’il vit dans une cour avec des seigneurs et des dames où l’on a développé l’idéologie, l’idéal d’amour courtois c’est-à-dire l’amour qui répond à des règles et qui cherche la perfection. La perfection de l’amour avec une notion de service, c’est-à-dire que l’homme, l’ami doit servir la dame. Pour l’amour courtois, il faut se référer aux romans de chevalerie. Ce qui est important ici est qu’André le Chapelain aligne les arguments pour et contre l’amour courtois. Il écrit « Nul ne peut aimer s’il n’est engagé par la persuasion d’aimer », « persuasion d’aimer » que l’on peut comprendre par l’espoir d’être aimé. L’amour (on en parle souvent comme d’un personnage à part entière au Moyen Âge) va persuader l’être humain (homme ou femme) d’aimer parce qu’il va entretenir en lui l’espoir d’être aimé en retour.

 

– Le jeu d’Adam

« Le jeu » ne signifie pas le fait de jouer mais plutôt le jeu théâtral, c’est-à-dire la pièce de théâtre (le mot théâtre n’est pas encore employé pour désigner ce que nous appelons le théâtre). Le jeu d’Adam parle d’Adam et Ève. C’est une manière de mettre en scène un épisode de la Bible qui est celui de la tentation d’Ève et d’Adam par le Diable. On y trouve donc un passage de discours séducteur du diable pour pouvoir voir comment on développe cette rhétorique au Moyen Âge.

 

– Béroul, Tristan et Iseult

C’est un roman notamment écrit par Béroul mais qui est en fait une légende que beaucoup on réécrit (comme Marie de France ou des anonymes). Dans ce roman, on trouve les mensonges qu’Iseult fait à son mari, le roi Marc, pour pouvoir voir Tristan. En particulier, on trouve l’épisode du lépreux : Tristan se déguise en lépreux et le roi Marc ne le reconnaît pas. Iseult va mentir pour pouvoir voir Tristan. Elle dit que le lépreux (Tristan) va lui permettre de traverser la rivière mais en jurant au roi Marc qu’à part ce lépreux, personne ne l’a touché d’aussi près (Iseult doit se mettre sur les épaules du lépreux pour traverser). Il y a un discours de persuasion et de ruse de la part d’Iseult.

 

– Le Roman de Renart, (branche I)

C’est un roman anonyme, écrit par plusieurs personnes. Le roman est décomposé en branches. La première branche développe un certain nombre de ruses de Renart. Renart est le nom du personnage puisque la désignation de son type est le goupil (qui désignait l’animal à l’époque). C’est à cause de ce personnage que l’on a appelé le goupil, le renard. Renart le goupil trompe Ysengrin le loup de diverses manières mais aussi par le langage. Cette association de la ruse et du renard peut faire penser à la fable de La Fontaine Le Corbeau et le Renard qui existait déjà sous forme de fable à l’Antiquité et qui était connue comme telle au Moyen Âge.

 

Jean de Meung et Guillaume de Lorris, Le Roman de la rose

Dans ce roman, il y a un discours d’Amour face à Raison. Amour et Raison sont des personnages qui s’expriment, qui bougent dans ce roman et donc ils s’opposent. Raison représente plutôt la conviction et Amour est plutôt du côté de la persuasion. On retrouve l’opposition logos et pathos d’Aristote. L’enjeu dans le roman est d’attirer le jeune homme qui cherche la rose, soit à se mettre du côté d’une vision rationnelle de l’amour, soit du côté d’une vision courtoise de l’amour. Ces deux personnages prennent donc la parole pour pouvoir convaincre ou persuader le jeune homme.

 

– Le Roman de Flamenca

C’est un roman anonyme du sud de la France du XIIIe siècle, un roman courtois. Il raconte la séduction par une femme d’un ami et le fait qu’ils s’échangent des discours, des chansons, des éloges. On assiste à cette réception et à cette composition de discours amoureux qui sont aussi des discours de séduction, cette fois-ci non pas argumentatifs mais sentimentaux. On peut voir de quelle manière la parole va servir à la séduction au sens amoureux du terme.

 

– La Farce de Maître Pathelin

Farce car il s’agit d’un texte comique, théâtral plus précisément dans lequel il y a un personnage qui s’appelle Maître car il est avocat. Cet avocat monte une mascarade, une comédie, une ruse pour pouvoir « acheter » du drap, mais sans le payer. Il veut refaire sa garde-robe mais il n’a pas d’argent et essaie d’embobiner le drapier avec un discours de persuasion. On a plusieurs moments dans cette farce où ses talents d’avocat vont être convoqués pour déployer sa ruse, pour tromper les autres personnages.