L'inconscient

La notion d’inconscient a deux sens :

– L’inconscient comme ce qui est inconscient : tout ce dont je ne m’aperçois pas. Par exemple, quand on agit machinalement par habitude, telle que la différence entre entendre quelque chose et l’écouter ; ou encore comme le fonctionnement des organes du corps.

– L’inconscient au sens de Freud : c’est une réalité psychique qui possède un mode de fonctionnement et des caractéristiques propres.

 

I. Leibniz (XVIIe, XVIIIe siècles)

On considère que Leibniz est le premier à avoir introduit l’inconscient : pour lui, ce sont des petites perceptions trop ténues pour être conscientes mais qui, si elles sont produites en grand nombre, contribuent à former une impression consciente. Les petites perceptions sont agrégées pour créer l’impression. Par exemple le bruit de la mer : je n’aperçois pas le bruit que fait chacune des vagues mais l’ensemble des vagues. C’est en s’agrégeant que le bruit de chaque vague va créer le bruit de la mer.

Leibniz fait la distinction entre percevoir c’est-à-dire recevoir un ensemble d’informations sensibles et apercevoir c’est-à-dire recevoir un ensemble d’informations sensibles tout en en ayant conscience. L’inconscient peut être défini par une conscience moindre mais qui est une possibilité de la conscience réelle et effective. Entre l’inconscient et le conscient, il y a moins une différence de nature qu’une différence de degré.

 

II. Freud (XXe siècle)

Voir le cours sur la citation de Freud : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison ».

Pour Freud, l’inconscient est constitué de l’ensemble des désirs refoulés, qui sont refoulés car jugés incompatibles avec les exigences morales de l’individu. Mais ces désirs vont tout faire pour ressurgir sous différentes formes, de la névrose au rêve en passant par le lapsus et les actes manqués.

L’hypothèse de Freud sur la psychanalyse doit être admise car elle comporte une légitimité à la fois théorique et pratique. Freud prétend que son hypothèse possède un caractère scientifique. Est scientifique pour Freud une hypothèse qui permet d’expliquer des phénomènes qui sans cette hypothèse resteraient mystérieux. Or l’hypothèse psychanalyste permet d’expliquer les rêves, les névroses, les actes manqués, et sans cette hypothèse ils resteraient inexpliqués. C’est donc une légitimité théorique.

Il y a une légitimité pratique car l’hypothèse est scientifique à partir du moment où elle permet de créer une technique qui permet d’agir sur les phénomènes qu’elle explique. Or dans l’optique de Freud, la cure psychanalytique permettra de guérir les névroses.

C’est ce qui conduit Freud à dire que l’hypothèse de l’inconscient doit être admise et possède un caractère scientifique.

 

III. Critiques de l’inconscient : Karl Popper, Sartre (XXe siècle)

Karl Popper est un épistémologue du XXe siècle. Il critique la dimension scientifique de la psychanalyse. Pour lui, la scientificité d’une hypothèse relève de son caractère falsifiable. Donc l’hypothèse est scientifique si on peut imaginer une expérience qui contraigne celui qui a formulé l’hypothèse à admettre qu’elle est fausse. Cela signifie qu’il faut imaginer une expérience, un protocole expérimental qui puisse tester l’hypothèse afin de déterminer si elle est vraie ou fausse.

Or pour Karl Popper c’est impossible en psychanalyse parce que, quelle que soit l’expérience, l’hypothèse du psychanalyste n’est jamais contredite. Par exemple, si le psychanalyste identifie le désir à l’origine d’une névrose, il y a deux options :

– soit on admet que c’est cela et alors on valide l’hypothèse,

– soit on pense que le psychanalyste se trompe alors à ses yeux on renforce son hypothèse puisque dans le cadre de la psychanalyse quand on nie une hypothèse psychanalytique c’est le signe que cette hypothèse peut être vraie puisque plus on s’approche de la vérité plus on tend à la nier.

On ne peut donc pas réfuter l’hypothèse de la psychanalyse, c’est pourquoi pour Popper elle n’est pas scientifique car non falsifiable. C’est par exemple le cas dans l’astrologie qui n’est pas scientifique car quels que soient les événements de la journée, aucun événement ne va véritablement contredire le pronostic de l’astrologie qui est suffisamment vaste et général pour coïncider avec ce qui va se passer.

 

Jean-Paul Sartre formule une objection en développant la thèse selon laquelle la notion d’inconscient psychique est contradictoire. Cette objection se concentre surtout autour de la notion de censure. Dans l’optique de Freud, la censure est une sorte de douane, située à la frontière de la conscience et qui va faire le tri entre les désirs qu’elle juge licites et qui peuvent donc devenir conscients (par exemple les désirs de soif, de nourriture de sommeil) et ceux qu’elles jugent illicites car incompatibles avec la morale et qu’elle va rejeter dans l’inconscient. Donc l’instance de censure est une instance de choix.

Or pour Sartre, quand je choisis, il est impossible de ne pas avoir conscience que je choisis. Il est impossible de faire le tri sans avoir conscience de ce que l’on fait. « Savoir, c’est savoir qu’on sait » dit Sartre, en reprenant une citation d’Alain. Je ne peux donc pas juger sans avoir conscience de juger.

Pour Sartre, plutôt que de parler de l’inconscient, il faut plutôt admettre l’idée que la conscience se ment à elle-même, elle se dissimule ses propres désirs. C’est ce que Sartre appelle la mauvaise foi. La mauvaise foi est une attitude typique de l’homme qui consiste à refuser sa liberté, à se mentir à soi-même pour se déresponsabiliser.

Voir le cours sur la citation de Sartre « Nous sommes condamnés à être libres ».