Cours Stage - La poésie engagée

Exercice - Poésie engagée

L'énoncé

Lire les trois textes ci-dessous et répondre aux questions suivantes :

Poème 1

« […] Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant

Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.
»

Jacques Prévert, « Barbara », Paroles, 1946

 

Poème 2

« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux
[…] 

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent »

Jean Ferrat, Nuit et brouillard (chanson), 1963

 

Poème 3

« Oradour n'a plus de femmes
Oradour n'a plus un homme
Oradour n'a plus de feuilles
Oradour n'a plus de pierres
Oradour n'a plus d'église
Oradour n'a plus d'enfants

Plus de fumée plus de rires
Plus de toits plus de greniers
Plus de meules plus d'amour
Plus de vin plus de chansons.

Oradour, j'ai peur d'entendre
Oradour, je n'ose pas
Approcher de tes blessures
De ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
Voir ni entendre ton nom. […] »

Jean Tardieu, Oradour, 1944 


Question 1

À quel événement font référence ces trois poèmes ? Justifier.

Ils font référence à la guerre et plus précisément à la Seconde Guerre mondiale.

En effet, dans le poème de Prévert on peut relever les vers : « Quelle connerie la guerre » ; « Sous cette pluie de fer / De feu d'acier de sang ».

Ensuite, le poème de Tardieu rend hommage au village martyre d’Oradour-sur-Glane : « Oradour, je n'ose pas / Approcher de tes blessures / De ton sang de tes ruines ».

Enfin la chanson de Ferrat, nommée Nuit et brouillard (du même nom que le film de Resnais sur les camps d’extermination nazis) fait référence aux déportés : « Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés » ; « Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres ».

Question 2

Quels procédés stylistiques les auteurs utilisent-ils pour défendre leur engagement ? Quel effet cela procure chez le lecteur ?

Dans « Barbara » et « Oradour », Prévert et Tardieu utilisent le « je », ce qui leur permet d’apostropher le lecteur et de le faire réagir.

On note également le rythme répétitif du poème Oradour avec les anaphores en début de vers, destinées à rendre le message facilement mémorisable et à lui conférer une force de persuasion. Ces répétions se retrouvent aussi dans « Barbara » : « Rappelle-toi » ; « pluie » ; « heureux / heureuse ». Et également dans Nuit et brouillard avec la première et la dernière strophe.

Dans cette même chanson, on note d’abord l’utilisation du « ils » pour désigner les victimes des nazis, puis des prénoms et enfin le « vous » : cela permet de s’identifier de plus en plus aux victimes.

Les trois auteurs ont utilisé le champs lexical de la violence et de la souffrance : « guerre » ; « sang » ; « mort » ; « deuil terrible » ; « qui crèvent comme des chiens » pour Prévert. Dans « Oradour » : « blessures » ; « sang » ; « ruines » s’ajoutent à la construction négative tout au long du poème « plus de … », toujours accompagné de termes mélioratifs pour marquer l’opposition avec ce qui n’est plus : « rires » ; « amour » ; « enfants », etc. Ferrat, quant à lui, utilise le champs lexical du corps pour décrire l’aspect misérable des victimes : « Nus et maigres, tremblants » « leurs ongles battants » ; « vivre à genoux ».

Il utilise aussi la comparaison pour mettre en avant la déshumanisation des hommes qui deviennent « des nombres » puis « des ombres ».

Ces procédés servent tous à la mise en avant d’un registre tragique voir pathétique pour susciter l’émotion du lecteur et l’amener à se révolter contre les abominations de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui ces poèmes servent au devoir de mémoire.

Le « je » est utilisé dans deux poèmes. Quel effet cela a-t-il sur le lecteur ?


Relever les champs lexicaux présents.