Cours Stage - État et religions en Inde

Composition - Les relations entre l’Inde et le Pakistan

L'énoncé

Sujet de composition : Les relations entre l’Inde et le Pakistan depuis 1947 : enjeux géopolitiques et religions


Question 1

Rédiger une introduction.

[Accroche et présentation générale du sujet]

En 2019, l’Inde, dirigée N. Modi et le parti nationaliste hindou BJP, prend l’initiative d’un conflit militaire limité avec le Pakistan sur la frontière commune du Cachemire, suite à un attentat terroriste contre un convoi militaire indien dans la partie administrée par l’Inde du Cachemire. L’attentat est revendiqué par un groupe armé islamiste basé au Pakistan (République islamique) qui nie toute implication et condamne l’attentat. L’événement, mêlant revendications religieuses sur fond de rivalités géopolitiques à différentes échelles, s’inscrit dans l’histoire conflictuelle des relations indo-pakistanaises depuis la création des deux États issus de la décolonisation des Indes britanniques en 1947. La région du Cachemire, partagée entre l’Union Indienne et le Pakistan, cristallise les tensions entre les deux puissances désormais nucléaires. Ces tensions relèvent de nombreux facteurs d’explication dont celui de la religion.

[Annonce de la problématique]

Quelle est alors la part du déterminant religieux dans les relations conflictuelles indo-pakistanaise depuis 1947 ?

[Annonce du plan]

Pour répondre à cette question, il faut d’abord revenir sur les origines des relations conflictuelles entre l’Union indienne (partiellement sécularisée) et le Pakistan (État musulman) depuis 1947 (I), puis identifier et mettre en perspective la pluralité des enjeux géopolitiques qui surplombent les enjeux religieux initiaux (II).      

Cette introduction peut être traitée en trois parties : 

- Accroche et présentation générale du sujet

- Annonce de la problématique

- Annonce du plan


Le programme de spécialité HGGSP a pour finalité de vous aider à mieux comprendre le monde d’aujourd’hui et celui de demain. C’est aussi pourquoi vous aurez certainement remarqué que tous les sujets trouvent un écho dans l’actualité internationale. L’accroche ou la conclusion de votre composition sont autant d’occasions d’intégrer des faits d’actualité à votre réflexion. Vous signalerez ainsi à votre correcteur non seulement votre curiosité intellectuelle, mais aussi votre capacité à faire des connexions entre vos connaissances accumulées pendant l’année (cours, manuels) et l’évolution du monde e

Question 2

Proposer un plan détaillé.

I. Des tensions anciennes entre l’Union indienne (État partiellement sécularisé) et le Pakistan (État musulman)

 

1. La partition de 1947, matrice du conflit actuel

Deux conceptions divergentes du rapport entre État et religion sont à l’origine des tensions. Partage de 1947 sur une base religieuse des Indes britanniques en deux États indépendants.

- Application de « la théorie des deux nations » soutenue par la ligue musulmane (Ali Jinnah) qui préconisait la création d’un État pour les musulmans (contre la position de Gandhi). Transferts massifs de populations (>15 millions) sur fond de massacres intercommunautaires.    

- Une partition politique sur une base confessionnelle à l’origine des relations indo-pakistanaises. Mais transfert de population partiel en 1947 : très forte minorité musulmane en Inde (+170 aujourd’hui) : un facteur de tensions à la fois interne pour l’Inde et entre les deux pays. Partition = un traumatisme initial pour l’Inde // un événement fondateur pour le Pakistan  

- Choix du sécularisme pour l’Inde (≠ république hindoue).

- Choix d’une religion d’État au Pakistan (république islamique).

 

2. Des relations marquées par des tensions et des conflits…

1947 à aujourd’hui : relations jamais totalement apaisées et marquées par des conflits ouverts.

- Le cas du Jammu-et-Cachemire : illustration de l’impasse du conflit car le rattachement à l’un ou l’autre des deux pays est au cœur des deux projets étatiques reposant sur deux légitimités distinctes et inconciliables. Conséquence : le Cachemire à l’origine de plusieurs conflits (1947-49, 1965, 1999, 2019). Deux exemples :  

- 1er conflit (1947-1949) : invasion de l’État princier du Jammu-et-Cachemire par des troupes tribales venues du Pakistan ; maharaja hindou de cet État à la population majoritairement musulmane sollicite l’aide militaire de l'Inde ; interventions armées pakistanaise et indienne ; cessez-le-feu proposé par les Nations unies laissant à l'Inde le contrôle des deux-tiers du territoire du Cachemire ; référendum prévu qui n'a toujours pas eu lieu ; le Cachemire reste aujourd'hui le principal sujet de discorde entre l'Inde et le Pakistan.  

- 3e conflit (1971) : défaite et affaiblissement du Pakistan qui doit reconnaitre l’indépendance du Bangladesh issu de la sécession du Pakistan oriental.

- L’Inde refuse d’entériner la partition et refuse toute médiation internationale sur le Cachemire.

- Le Pakistan réclame l’application du droit international et la consultation de la population (droit des peuples).

 

3. ...mais aussi des épisodes de désescalade et d’apaisement

A partir des années 1970 la situation évolue vers une (relative) stabilisation des relations bilatérales.

- Accords (modestes et progressifs) pour le développement des relations économiques (interruption en 2008-2011 suite aux attentats de Bombay).

- L’intervention des États-Unis en Afghanistan apaise temporairement les relations indo-pakistanaises. → Reprise d’un « dialogue global » en 2004, ouverture ligne d’autocar entre les deux Cachemire (2005).

- « Diplomatie du cricket » : le cricket, sport majeur dans les deux pays et facteur de cohésion culturel malgré la fracture confessionnelle permet de renouer un dialogue politique interrompu. Exemples : en 1999 après le conflit de Kargil, tournée croisée des 2 équipes en 2004/2005 ; en 2011, après la crise consécutive aux attentats de Bombay de 2008, rencontre des 2 équipes et dialogue directs entre 1er ministres à l’occasion des coupes du monde de 2011 (une rencontre à la frontière) et de 2015 (Australie), mais des incidents nombreux émaillent les différentes tournées.

- « Diplomatie de la religion » : « Couloir de la paix » de 4 km inauguré en 2018 en pleine période de tension pour permettre aux Sikhs indiens (minorité religieuse) d’accéder à l’un de leurs lieux saints situé au Pakistan. Déclaration du 1er ministre pakistanais : « Nos deux pays ont l’arme nucléaire. […] s’il ne peut y avoir la guerre, quelle alternative y-a-t-il à l’amitié ? »

 

Transition : La formule de R. Aron « paix impossible, guerre improbable », pour qualifier les relations entre les deux Grands durant la guerre froide, peut être mobilisée à une échelle régionale pour les relations indo-pakistanaise : non seulement car les deux nations se sont dotées de l’arme nucléaire (1998), rendant ainsi tout affrontement direct peu probable, mais aussi car, à l’image de la guerre froide, les tensions entre l’Inde et le Pakistan relèvent d’enjeux géopolitiques et de facteurs d’explications multiples et enchevêtrés, inégalement connectés à la question religieuse.        

 

II. Les relations indo-pakistanaises structurées par des enjeux, en particulier géopolitiques, partiellement ou totalement distincts de la problématique religieuse

 

1. La montée des fondamentalismes, du terrorisme et du communautarisme

Depuis les années 1990, la montée des fondamentalismes religieux dans le monde trouve un écho particulier dans le contexte indo-pakistanais où cette dimension du conflit a toujours existé.  

- Pakistan : Années 1990/2000 : groupes islamistes radicaux (dont Talibans) implantés dans les zones tribales à la frontière avec l’Afghanistan ; envoi d’anciens moudjahidines de la guerre d’Afghanistan au Cachemire indien → renouveau des tensions avec l’Inde (bref apaisement 2004/2008).

- Inde : 1992 : Destruction de la mosquée d’Ayodhya sur un ancien site hindou, affrontements intercommunautaires (2000 morts), émeutes anti musulmanes dans le Gujarat. 2001 et 2008 : Attentats contre le parlement de New Dehli (2001) puis à Bombay (2008) par des militants islamistes pakistanais → Escalade militaire à la frontière. 2014 : BJP (parti du peuple indien) au pouvoir : hindouisme politique, remise en cause du sécularisme en Inde. 2019 : Révocation du statut d’autonomie de la région à majorité musulmane du Cachemire indien, réforme de la loi sur la nationalité qui pénalise les musulmans, vague de contestations et d’émeutes meurtrières (victimes très majoritairement musulmanes).  

 

2. Les enjeux géopolitiques régionaux et internationaux

L’évolution des relations indo-pakistanaises est fortement corrélée à l’évolution du contexte régional et international, et donc à des décisions et à des acteurs étrangers aux intérêts des deux États.  

Lien avec les grands grandes évolutions mondiales : guerre froide, terrorisme international :

- Guerre froide : En dépit de la sourcilleuse intransigeance des deux pays quant au respect de leur souveraineté et au très fort sentiment national des populations, les relations bilatérales sont rapidement instrumentalisées par d’autres États (l’Inde pourtant tête de file des « non alignés » pendant la guerre froide est soutenue (militairement, et diplomatiquement) par l’URSS lors des conflits avec le Pakistan proche des États-Unis.)   

- Terrorisme : 2001, attentats du 11 septembre contre les États-Unis, organisés par le groupe terroriste transnational Al-Qaida, dirigé par le saoudien Ben Laden et basé en Afghanistan ; Intervention militaire des États-Unis (Alliés du Pakistan) et de leurs alliés occidentaux en Afghanistan ; Talibans afghans chassés du pouvoir et en partie réfugiés dans les zones tribales pakistanaises où ils s’imposent. 

Poids des enjeux géopolitiques régionaux (rivalité entre les deux géants asiatiques chinois et indien) et internationaux (rivalité géopolitique mondiale entre les deux géants américain et chinois) :

- Chine/Pakistan : rapprochement Chine/Pakistan (soutien au programme nucléaire pakistanais, assistance économique et diplomatique) ; financement du port Gwandar au cœur du projet (long terme) de corridor Chine/Pakistan (pipeline en projet Chine/Afghanistan/Pakistan-Cachemire), dans le cadre de l’initiative à l’échelle intercontinentale des « Routes de la soie » et de la stratégie dite du « collier de perles » dans l’océan Indien.

- Inde : défiance par rapport au projet des Routes de la soie et de la stratégie du « collier de perles » (perception d’une tentative d’encerclement par la Chine). Accueil du Dalaï-lama en exil ; Litige frontalier en Himalaya.

- Inde/États-Unis : Rapprochement avec les États-Unis pour contrer l’influence de la Chine dans l’océan Indien → accords stratégiques et économiques (y compris dans le domaine nucléaire).

L’enjeu hydrique : Exemple d’un enjeu non lié à la problématique religieuse mais essentiel à la compréhension des tensions : l’Indus, artère vitale pour le Pakistan (stress hydrique, pression démographique, agriculture irriguée, réchauffement). Or l’Indus et ses affluents naissent ou traversent l’Inde et en particulier le Cachemire indien. En 1948 l’Inde coupe l’approvisionnement en eau, puis un accord est conclu, puis à nouveau réactivation des tensions (rivières détournées, barrages de retenue surélevés) → en lien avec l’asymétrie globale de puissance entre les deux nations favorable à l’Inde (démographie, économie…) qui entretient la radicalité des positions (en particulier du Pakistan).

Question 3

Rédiger une conclusion.

Pour décrire les relations indo-pakistanaises, un spécialiste évoque une « normalité conflictuelle » tant le conflit est structurel entre les deux nations. La matrice du conflit est bien religieuse et les tensions religieuses contribuent à durcir les relations bilatérales, en particulier autour du point de fixation territorial du Cachemire. Toutefois, cette conflictualité toujours renouvelée depuis plus de 70 ans est aujourd’hui alimentée par bien d’autres facteurs de conflit. La pacification profonde et durable des relations indo-pakistanaises est donc d’autant plus difficile à prévoir à court et moyen terme qu’elle ne dépend que partiellement des premiers acteurs concernées.