Cours Stage - Les mémoires de la guerre d'Algérie

Exercice - Les mémoires de la guerre d'Algérie

L'énoncé

Répondre aux questions de manière argumentée en s'aidant des documents ci-dessous.

 

Document 1 : Harkis...les oubliés, France 24

"Rabah Soltani, Mohamed Habchi, Bouziane Ben Abdelkader, Ibrahim Sadouni… Tous ont été contraints de fuir l’Algérie après les accords d’Évian pour échapper aux massacres du FLN. La majorité s’est installée dans le sud de la France. Aujourd’hui, 51 ans après l’indépendance de l’Algérie, ils seraient encore quelque 9 000 anciens harkis à vivre dans l’Hexagone. Pour ces hommes âgés, l’amertume de l’exil reste vive et ils ne peuvent toujours pas retourner en Algérie pour mourir dans le pays de leurs ancêtres. Ils souffrent de vivre dans un pays qui refuse de les reconnaître comme des Français à part entière alors que leur pays d’origine les considère toujours comme des « traîtres » à la nation et leur refusent jusqu’à l’entrée sur le territoire."

 

Document 2 : Le 24 juillet 1968, le Parlement vote l'amnistie des actes commis en Algérie, 24 juillet 2018, Libération

"Ce jour là en 68. Il y a cinquante ans jour pour jour, la loi d'amnistie pour les infractions commises en relation avec la guerre d'Algérie était votée par le Sénat et l'Assemblée nationale. Le texte, le troisième depuis 1962, prévoyait «une amnistie générale de toutes infractions commises en relation avec les événements d'Algérie», notamment celles «commises par des militaires servant en Algérie». La loi a été promulguée le 31 juillet par De Gaulle. Une quatrième loi controversée sera votée en 1982 sous l'impulsion de Mitterrand. Les problèmes éthiques et les limites juridiques de cette amnistie seront largement débattus les années suivantes, notamment lors d'aveux d'ex-militaires sur des actes de torture ou des exécutions."

 

Document 3 : Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, inauguré par le président français Jacques Chirac le 5 décembre 2002, Wikipédia

Paris_-_Memorial_de_la_guerre_d_Algerie_et_des_combats_du_Maroc_et_de_la_Tunisie


Question 1

Pourquoi parle-t-on d'une mémoire occultée de la guerre d'Algérie ?

A l’époque, François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, disait « l’Algérie c’est la France ». Peu de mémoires individuelles ou collectives avaient été été exprimées, et l’État a pratiqué une série de lois d’amnistie entre 1962 et 1982 pour une grande partie des protagonistes de cette guerre. Une amnésie s’installe donc dans l’Histoire officielle. Il a fallu l’action d’historiens comme Benjamin Stora dans les années 1990 avec son ouvrage La Gangrène et l’oubli pour exhumer les mémoires, et commencer à écrire une histoire de la guerre d’Algérie.

Question 2

En quoi les trois documents témoignent-ils des "guerres mémorielles" en France et en Algérie ?

Il y a rapidement eu un affrontement des mémoires à la fois en France et en Algérie. Du côté français, lorsque la mémoire s’est libérée, les témoignages, par exemple sous forme de mémoire des combattants avec la reconnaissance par le général Aussaresses de la pratique de la torture, se sont multipliés. Du côté de l’Algérie, la mémoire de la guerre a été confisquée et instrumentalisée par le Front de Libération Nationale (FLN), qui a participé à la négation de la mémoire des opposants comme la mémoire du Mouvement National Algérien (MNA), des harkis ou des combattants de Kabylie.

Encore maintenant et le développement d'une politique mémorielle et d'un "devoir de mémoire" vis-à-vis des événements d'Algérie, comme en témoigne l'inauguration d'un Mémorial national de la guerre d'Algérie en 2002 par Jacques Chirac, les débats sont toujours ouverts. On voit bien la difficulté pour l’historien de confronter ces mémoires et d’en construire un récit dépassionnée, objectif, scientifique des événements.