Cours Stage - Venise, entre valorisation touristique et protection du patrimoine

Exercice - Venise, un joyau artistique submergé par l’eau et les touristes

L'énoncé

Document 1 : « Tourisme : l'appel au secours de Venise à l'Unesco » par Carla Peyrat pour Le Point.fr, 20/06/2019 

Le maire demande à l'Unesco de placer la cité des Doges sur sa liste « en péril ». Le dernier recours, selon lui, pour sauver une ville « en danger » (…).

À défaut de recevoir du soutien de la part des politiques italiens, le maire en appelle à l'organisation dédiée à la sauvegarde du patrimoine mondial. L'Unesco avait déjà demandé en 2017 au gouvernement italien de prendre des mesures pour protéger la ville avant 2021, menaçant de mettre la ville dans la liste des « sites en péril » pour mieux la préserver. Figurer sur la liste noire de l'Unesco permettrait à Venise de limiter le flux touristique et ses désagréments tout en autorisant l'action des ONG, mettant alors le gouvernement à part dans les discussions de préservation du site.

 En interpellant directement l'Unesco, le maire anticipe les potentiels dégâts causés par le tourisme de masse et ses dérives tout en s'affirmant contre son gouvernement. Si la ville venait à rejoindre la liste du patrimoine mondial en péril, elle suivrait de peu Vienne (2017), le centre de Jérusalem, de nombreux sites palestiniens, mais aussi le parc naturel des Everglades (États-Unis), entré en 2010. Cette liste vise à protéger les sites historiques et naturels, notamment des conflits armés et de la guerre, des catastrophes naturelles, de la pollution, et autres facteurs pouvant altérer des sites du patrimoine mondial (…).

En 2017, (…) la mairie avait annoncé une série de lois et des amendes pouvant aller jusqu'à 500 euros si on se promène en maillot de bain, se baigne dans les canaux ou en cas de détérioration de l'espace public.

Venise voit passer presque 30 millions de visiteurs par an, soit à peu près 114 fois la population locale. Entre les cadenas sur les ponts et les grillages, les voyageurs qui s'allongent sur les bancs, la cité des Doges et sa lagune mythique souffrent. Parmi les facteurs de la fragilisation du patrimoine, les 600 paquebots qui font escale chaque année et dont les remous altèrent les fondations du centre-ville.

Source : https://www.lepoint.fr/societe/tourisme-l-appel-au-secours-de-venise-a-l-unesco-20-06-2019-2320191_23.php#

 

Document 2 : « Venise à la recherche des touristes perdus » La Dépêche.fr, 16/05/2020 

Sur la célébrissime place Saint-Marc, même les pigeons ont disparu : chassés par le coronavirus, les touristes du monde entier (…) ne sont plus là pour donner vie à ce décor féerique. "Sans touristes, Venise est une ville morte » (…). Atmosphère crépusculaire et silence assourdissant règnent sur le Grand Canal, où ne circulent plus que les vaporetti, les bateaux-bus de la ville. Les somptueux palais bordant les deux rives, qui abritent institutions culturelles et hôtels de luxe, ont tous les volets fermés. (…)

En Italie, le tourisme représente 13 % du PIB et 15 % des emplois, mais l’économie de la Cité des Doges est encore plus dépendante de ce secteur. "Environ 65 % de la population travaille dans le tourisme, de même qu’énormément d’habitants des communes limitrophes (…). L’impact du coronavirus sur la venue des étrangers, qui représentent 85 % des touristes de Venise, est très lourd par rapport à d’autres destinations ayant plus de touristes nationaux qu’étrangers" souligne {Paola Mar}, alors que l’Union européenne a appelé mercredi ses membres à rouvrir leurs frontières intérieures pour empêcher un naufrage du secteur touristique.

"Il y a de moins en moins de Vénitiens pur jus, alors qu’il y a toujours plus d’hôtels et d’appartements en location", reconnaît-t-on, mais "nous avons besoin du tourisme". Une analyse partagée (…) : "La ville a une mono-économie basée sur le tourisme. Peut-être est-ce une erreur, mais nous n’avons pas le choix. Sans les touristes, nous ne nous en sortirons pas !"(…)

Le quartier de Cannareggio, moins touristique que Saint-Marc, reste néanmoins encore un peu animé (…). Ici, les touristes n’ont pas toujours la cote, comme l’illustre une large banderole tendue sur la façade d’un immeuble : "Marre des Bed and Breakfast ! Maison violée !"

Pour autant, face à la crise, la priorité est au retour des touristes (…).

Source : https://www.ladepeche.fr/2020/05/16/italie-venise-a-la-recherche-des-touristes-perdus,8890000.php


Question 1

En quoi les paquebots évoqués dans les documents sont-ils dangereux pour la ville de Venise ?

600 paquebots font escale à Venise chaque année (document 1). Ces bateaux de croisière impressionnants provoquent des remous qui altèrent les fondations de la ville, déjà fragiles à cause de la spécificité même de la lagune dans laquelle s’est construite Venise. En effet, cette activité maritime incessante empêche les sédiments de se poser dans le fond de l’eau. Ces bateaux, en plus d’être très polluants et de menacer l’écosystème animalier et végétal de la lagune, sont les vecteurs d’un tourisme particulier qui fragilise plus encore l’économie vénitienne inconsidérément mono-orientée vers le tourisme : les touristes dits d’une journée ont accès au port maritime de Venise, et ne vont alors même pas dormir sur place, ni dépenser leur argent, ni même prendre le temps de véritablement visiter le lieu. Nombreux sont donc les hôtels et les commerces qui souffrent de ce surtourisme.  La mairie a mis en place des quotas afin de limiter ce phénomène, et récemment une taxe de débarquement a été instaurée pour limiter le nombre de touristes d'un jour.

Question 2

Le confinement lié à l’épidémie de Covid-19 a-t-il été bénéfique pour la ville ?

La ville, durant le confinement, était vide de toute cette activité touristique à laquelle elle est habituée depuis des siècles. Cela a donc permis à son écosystème de se reconstituer en partie. Les eaux habituellement troubles de Venise ont retrouvé un peu de transparence. Les sédiments ont pu se déposer au fond de l’eau, laissant place ainsi à la renaissance d’une partie de la faune et de la flore.

Mais cette pause a provoqué une véritable crise économique au sein de la ville. En effet, 65 % de la population de Venise travaille directement ou indirectement pour l’industrie du tourisme (document 2), et 85 % des touristes de Venise sont étrangers. L’épidémie a alors fortement menacé l’équilibre économique de la ville, et sa priorité aujourd’hui est de faire revenir ces touristes tant décriés il y a peu, mais sans qui Venise n’imagine plus survivre.

Il y a eu des côtés positifs et des côtés négatifs.

Question 3

Pourquoi les vénitiens sont-ils excédés par le tourisme de masse que subit leur ville ?

 

La détérioration de l’espace public est inévitable face à cet afflux de 27 millions à 30 millions de visiteurs par an. Des lois ont donc été mises en place pour limiter les abus de la part des visiteurs. Mais une des plus grosses problématiques des vénitiens est liée au logement. En effet, les touristes représentent 114 fois la population locale (document 1), si bien qu’un logement sur 4 est voué à l’activité touristique. Des "Marre des Bed and Breakfast ! Maison violée !" sont même affichés sur les façades d’immeuble de certains quartiers (document 2) car si la multiplication des logements transformés en Airbnb a contribué à étoffer la palette hôtelière de la ville, elle a, en contrepartie, été responsable d’une flambée des prix de tout le parc immobilier qui rendent les logements de moins en moins accessibles aux vénitiens.

L’activité touristique est donc un véritable poumon économique pour la ville, mais elle fait en contrepartie fuir les locaux (document 2) et donc la vie réelle dans une ville promise à n’être bientôt plus qu’un décor, une ville fantôme désertée par sa population.

Question 4

En quoi ces documents illustrent-ils le cercle vicieux auquel Venise est confronté ?

On constate donc que Venise est confronté à un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. D’un côté, la ville étouffe, et malgré le fait que l’économie soit basée sur le tourisme, des décisions politiques doivent être prises afin d’en limiter le flux (document 1). De l’autre côté, il est impensable pour la ville de vivre sans le tourisme, et réduire trop drastiquement cette activité plongerait Venise dans une crise sans précédent, comme l’a illustré la période de confinement et de fermeture des frontières (document 2). Les décisions radicales sont donc dures à prendre, car il est impossible d’appauvrir les entreprises liées au tourisme et de se priver de l’apport monétaire de celui-ci, nécessaire pour financer le redéploiement de nouvelles activités alternatives et la mise en œuvre d’une politique durable de préservation du patrimoine vénitien. Cette recherche de financement et d’accompagnement a décidé la mairie à prendre son avenir en main en faisant appel à l’UNESCO afin que des mesures soient prises indépendamment des instances politiques gouvernementales italiennes, afin de protéger cette ville-musée singulière.