Cours Stage - Coopération, tensions et régulation aux échelles mondiale, régionale et locale

Exercice - La production industrielle

L'énoncé

Document 1 : Inde : la nouvelle usine du monde ?, Jeune Afrique, 17 septembre 2014

Il n’y a pas que dans l’Arunachal Pradesh, le long de leur frontière himalayenne, qu’Indiens et Chinois se regardent en chiens de faïence. C’est également le cas sur le terrain économique. Surtout depuis l’arrivée au pouvoir à New Delhi, en mai, de Narendra Modi. Grand admirateur du modèle chinois, tourné vers l’export, le nouveau Premier ministre s’est mis en tête de faire de son pays la nouvelle "fabrique du monde".

Dans un discours prononcé sur les remparts du célèbre Fort rouge, à New Delhi, le 15 août, pour la célébration du jour de l’indépendance, il a clairement annoncé la couleur : "Venez et produisez en Inde, a-t-il lancé à l’adresse des investisseurs étrangers. Nous avons la main-d’oeuvre, les talents et la volonté de faire des choses. Vous pouvez vendre vos produits partout dans le monde, mais venez les produire ici."(…)

De fait, l’Inde doit impérativement renouer avec la croissance et l’emploi. Près de 10 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail. Et tous ne peuvent trouver chaussure à leur pied dans le domaine des services. Ce secteur, qui domine l’économie locale (60 % du PIB), n’emploie que 27 % des actifs. À en croire certains économistes, relancer l’industrie (26 % du PIB) ne serait donc pas absurde.

D’autant que le timing paraît favorable. Selon S. S. Bhandare, conseiller du Tata Strategic Management Group, l’Inde a bel et bien une carte à jouer dès lors que le pouvoir d’attraction de la Chine n’est plus ce qu’il était : "Les coûts de fabrication, notamment en ce qui concerne la main-d’oeuvre, ont beaucoup augmenté, explique-t-il. D’autre part, le yuan s’étant apprécié, les avantages liés à la manipulation de la monnaie diminuent. Fatalement, les investisseurs étrangers vont chercher à se diversifier. Et l’Inde peut leur offrir cette opportunité."(…)

Un tournant est indiscutablement amorcé, mais l’Inde, sa législation du travail étant ce qu’elle est, peut-elle réellement adopter le modèle chinois ? Il est encore trop tôt pour le dire. Les plus libéraux se montrent sceptiques. "Il ne sera possible de vaincre la Chine que si l’Inde tout entière, et pas seulement certains secteurs d’activité, réussit à se transformer en une immense zone économique spéciale", estime Seetha, journaliste chez Firstpost.

De fait, renchérit K. T. Jagannathan, du quotidien conservateur The Hindu, "pour que le slogan Come, make in India devienne réalité, il faut que trois obstacles soient au préalable levés. Ces obstacles, ce sont les trois L. Pour laws, land and labour ["les lois, la terre, le travail"]". Le sujet est d’autant plus sensible que les États et les municipalités ont aussi leur mot à dire…(…)

Source : http://www.jeuneafrique.com/44390/politique/inde-la-nouvelle-usine-du-monde/

 

Document 2 : Port de Shenzen (Chine)

 

Source : https://www.newsecuritybeat.org/2016/02/clean-chinas-ports-shenzhen-explores-fuel-switching-onshore-power/

 

Document 3 : Vêtements : il y a quoi derrière l'étiquette ? Economie matin, 24/12/2014

La Chine est le producteur n° 1 : il fabrique 33 % des exportations de textile dans le monde (44 % de celles en Europe). Mais les grandes chaînes de mode peuvent déplacer leur production en fonction des coûts de la main-d'oeuvre (voir infographie). Ainsi, face à la hausse du salaire moyen en Chine depuis 2010, elles ont reporté leur commandes sur le Bangladesh (désormais trois fois moins cher que la Chine), le Pakistan ou le Vietnam. Le Bangladesh est devenu le n° 2 mondial. 70 % des vêtements achetés en Europe sont produits en Asie, mais les pays du Maghreb et d'Europe de l'Est aussi ont la cote. Plus proches et pratiquant parfois des salaires plus faibles qu'en Chine, ils sont sollicités pour les commandes de mi-saison ou de réassort.

Source : http://www.economiematin.fr/news-industrie-textile-chiffres-affaires-probleme-ethique-chine-leco


Question 1

Expliquer en quoi la Chine, puissance industrielle mondiale, est concurrencée par ses voisins asiatiques dans l’industrie mondiale ?

La Chine est la deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis, elle bénéficie d’une abondante main d’œuvre à bas coût qui lui a permis d’être longtemps surnommée « l’usine du monde » avec son indétrônable formule « Made in China ». En effet, nombre d’industries se sont développées dans le pays, par exemple « il fabrique 33% des exportations de textile dans le monde ». Les pays riches des Nord ont ainsi fortement délocalisés pour produire à moindre coût en Chine, le pays a donc connu une croissance exceptionnelle. Celle-ci est également due à l’affirmation d’une industrie extravertie mise en place par le système économique socialiste de marché. L’industrie chinoise a été volontairement littoralisée de façon à optimiser les coûts de transport et à réduire les délais. D'immenses zones industrielles et portuaires ont été aménagées pour faire transiter les conteneurs, par exemple à Shenzen comme on peut le voir sur le document 2.

Mais cette domination chinoise est remise en question du fait de la hausse du coût de sa main d’œuvre. Les autres pays d’Asie sont devenus plus compétitifs. On constate ainsi qu’en 2013 la salaire mensuel chinois s’élevait à 175€ net tandis qu’il était encore plus bas dans 8 autres pays d’Asie du Sud Est. Parmi ces pays, citons le Bangladesh « désormais trois fois moins cher que la Chine », le Pakistan (70€ net/mois) et l’Inde dont les efforts pour concurrencer la Chine ne passent plus inaperçus. En effet, le gouvernement indien tente de copier le modèle chinois pour relancer l’emploi et la croissance. Le pays, avec ses 1,3 milliard d’habitants en 2016 possède une réserve immense de main d’œuvre à très bas coût (52€ net/mois). Pour les économistes, c’est le moment d’investir en Inde : « les investisseurs étrangers vont chercher à se diversifier. Et l’Inde peut leur offrir cette opportunité ». C’est sur ces arguments que surfe le premier ministre indien pour convaincre les étrangers mais aussi les indiens d’installer leur production industrielle en Inde et « faire de son pays la nouvelle "fabrique du monde" ». Encore faut-il que le pays soit doté des infrastructures nécessaires et de lois incitatives, ce qui ne semble pas être encore totalement le cas comme en Chine. Quant aux autres pays voisins, ils bénéficient d’une main d’œuvre peu couteuse mais leur population n’est pas aussi considérable qu’en Chine et en Inde. Et tout comme en Inde, il faudrait construire les infrastructures adéquates au développement d’une industrie mondiale puissante. Le pari de concurrencer la Chine n'est donc pas totalement gagné mais le chemin pour y parvenir semble se dessiner notamment grâce au très faible coût de la main d'œuvre des pays de l'ASEAN qui sont en voie de développement. Le risque pour la Chine est de connaître à son tour une vague de délocalisations, comme l'ont connue il y a quelques années les riches pays industrialisés.