Cours Stage - L’engagement politique

Exercice - Le vote blanc

L'énoncé

Document. Présidentielle : le vote blanc, un vote symbolique

Depuis 2014, les votes blancs sont comptabilisés, mais ils n'ont toujours aucun poids dans le scrutin. Plusieurs candidats sont favorables à sa reconnaissance.

Si vous votez blanc ce dimanche 23 avril au premier tour de l'élection présidentielle, votre vote sera certes comptabilisé, mais pas reconnu. Pourquoi ? La question fait débat depuis longtemps. En glissant une enveloppe vide ou avec un bulletin vierge (aux mêmes caractéristiques), en somme, on joue le jeu de la démocratie en exprimant que l'on ne se reconnaît dans aucun des candidats proposés. En France, ce vote n'est pourtant pas considéré comme un suffrage exprimé. Depuis une loi de février 2014, le Code électoral prévoit que les bulletins blancs sont décomptés séparément des votes nuls et indiqués au procès-verbal de chaque bureau de vote, mais ils ne sont pas pris en compte dans le calcul des suffrages exprimés et n'ont donc toujours aucun effet sur le résultat.

Plusieurs pays ont pourtant décidé de reconnaître ce vote. C'est le cas aux Pays-Bas, en Espagne, en Suède (pour les référendums). Des pays d'Amérique du Sud comme la Colombie, l'Uruguay ou le Pérou font de même. Le Pérou va même plus loin : si le vote blanc représente plus des deux tiers des suffrages, l'élection est annulée.

Pourtant, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, le pourcentage de votes blancs est en augmentation constante. En 2007, au second tour opposant Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, 4,2 % des électeurs ont glissé un bulletin blanc ou nul dans l'urne, et en 2012, lors du face-à-face Nicolas Sarkozy-François Hollande, 5,8 %. Cette année, une pétition a été mise en ligne afin que le vote blanc soit pris en compte dans les suffrages exprimés : à l'heure de la publication de cet article, elle avait récolté plus de 280 000 signatures. Sur les onze candidats, sept sont favorables à la reconnaissance du vote blanc, à des degrés différents. Seuls Emmanuel Macron, François Fillon, Philippe Poutou et Marine Le Pen ne font pas figurer la mesure dans leur programme.

Par Marylou Magal, le 23/04/2017 Le Point.fr


Question 1

Présenter le document.

Ce texte est un article issu du site Internet de l’hebdomadaire Le Point, publié en 2017, et écrit par Marylou Magal.

Question 2

Rappeler la nuance entre vote comptabilisé et vote reconnu.

Vote comptabilisé signifie que le vote est compté séparément des votes nuls. Néanmoins, il ne compte pas comme suffrage exprimé.

Vote reconnu signifie que le vote blanc est non seulement comptabilisé, mais est en plus reconnu comme un vote exprimé.

Ainsi, imaginons une élection avec 100 votants, 45 ont voté pour le candidat A, 43 ont voté pour le candidat B, 7 ont voté blanc et 5 ont voté nul :

 

Vote blanc non comptabilisé

Vote blanc comptabilisé

Vote blanc reconnu

Votants

100

100

100

Exprimés (SE)

88

88

95

Candidat A

45 (51,13 % des SE)

45 (51,13 % des SE)

45 (47,37 % des SE)

Candidat B

43 (48,86 % des SE)

43 (48,86 % des SE)

43 (45,26 % des SE)

Blancs

NC

7

7 (7,34 % des SE)

Nuls

13

5

5

Question 3

Expliquer l’enjeu de la reconnaissance du vote blanc.

La reconnaissance du vote blanc aura surtout une fonction symbolique : par exemple, un président de la République pourrait être élu avec une majorité relative plutôt qu’une majorité absolue. En effet, il y a deux candidats au second tour. Actuellement, les votes exprimés n’étant que ceux portés vers l'un ou l’autre candidat, le premier est forcément élu avec plus de 50% des voix. Si le vote blanc entrait en considération dans les suffrages exprimés, il serait possible que le premier en nombre de voix n’ait pas pour autant la moitié des voix exprimées. Cela pose un problème en terme de légitimité.

Certains candidats ont proposé que le vote recommence en cas de « victoire » du vote blanc, avec interdiction des candidats de se représenter : dans ce cas, il aurait un réel pouvoir effectif.

Question 4

Expliquer les raisons de l’existence d’un vote blanc bien qu’il ne soit pas reconnu.

Alors que l’abstention peut paraître être un signe de fainéantise ou de peu d’intérêt pour la chose publique, le vote blanc à l’avantage, quand il est comptabilisé notamment, d’exprimer clairement un intérêt pour l’élection et une volonté d’y participer tout en montrant que l’offre politique ne correspond pas aux attentes ou aux aspirations de l’électeur. Cela met ainsi en avant la fonction socialisatrice du vote : la personne montre l’importance pour elle d’aller voter et de participer au débat, tout en appuyant sur l’aspect symbolique du vote pour exprimer son mécontentement.

Question 5

Le vote blanc est-il une forme de contestation révolutionnaire ? Justifier.

Le vote blanc n’est pas révolutionnaire dans la mesure où le vote est une forme d’action conventionnelle : il fait partie de l’exercice normal de la démocratie. Le vote blanc est donc une contestation interne aux institutions et respectueuse de celles-ci.