Cours Stage - Transformations de l'action collective

Exercice - La diversification des conflits sociaux

L'énoncé

DOCUMENT 1

Entreprises ayant déclaré au moins une grève et nombre de jours de grèves pour 1000 salariés de 2005 à 2013

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À partir des données 2008, la pondération de l’enquête a été revue, d’où une rupture de série.

Lecture : en 2013, 1,2 % des entreprises ont connu au moins une grève dans l’entreprise ou l’un de ses établissements et le nombre de journées non travaillées pour fait de grève rapporté aux effectifs salariés équivaut à 79 jours pour 1 000 salariés.

Champ : entreprises de 10 salariés ou plus du secteur marchand non agricole.

Source : DARES, 2015.

 

DOCUMENT 2

La progression sensible des revenus enregistrés au cours des « Trente glorieuses », comme la hausse considérable du niveau culturel de la population auraient ainsi conduit à l’émergence d’autres thèmes s’approchant de ce que le sociologue américain Ronald Inglehart nomme les valeurs post-matérialistes. À l’image des mouvements féministes, gays et lesbiens, régionalistes, de défense de l’environnement, de lutte contre le SIDA..., de nouveaux mouvements sociaux sont investis par des individus insérés dans la société (étudiants, jeunes actifs, cadres...) cherchant à promouvoir certaines visions du monde, davantage qu’à défendre des intérêts strictement matériels. La diversité des types de contestations, des acteurs comme des répertoires (le sit-in* [...], la marche silencieuse... peuvent remplacer la manifestation ou la grève) s’impose.

* s’asseoir en masse dans l’espace public

Source : Précis de sociologie, Philippe RIUTORT, 2014.

DOCUMENT 3

To buy or not to buy ?(1) Telle est, en substance, la question pratique que pose l’acte de boycott ou son envers, le « buycott »(2). [...] L’ouvrage de Ingrid Nyström et Patricia Vendramin propose [...] une analyse sociologique de ce mode d’action qu’elles estiment être en parfaite adéquation avec « les formes contemporaines d’engagement militant, en réseau, et associant des individus soucieux de choisir leurs appartenances et leurs causes, d’exprimer personnellement leur vision des choses ». [...] Une analyse plus fine montre que les femmes sont, dans cette population [européenne], proportionnellement plus nombreuses que les hommes à s’engager dans des actions de « buycott » et qu’il existe des écarts importants entre pays : la pratique du boycott est plus fréquente dans les pays nordiques et la Suisse que dans les pays du Sud et de l’Est de l’Europe. Leur ancrage économique et politique constitue également un facteur explicatif important de leur engagement : ainsi, la richesse nationale, la concentration du commerce et la disponibilité de produits labellisés faciliteraient les pratiques de boycott et de buycott, tout comme diverses formes « d’encouragement institutionnel » de l’État.

Source : www.laviedesidees.fr.

(1) Acheter ou ne pas acheter ?
(2) Pratique militante qui consiste à promouvoir les produits ou les services d’une firme pour récompenser un comportement jugé exemplaire.

 

Question 1

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les conflits sociaux ont tendance à se diversifier.

Pour Emile Durkheim, le conflit social est normal, dans le sens où il est présent dans toutes les sociétés. Pour Karl Marx, c’est un phénomène historiquement persistant puisqu’il met en avant dans son analyse la continuité du rapport de classe dans l’histoire.

En effet, le conflit social est une situation d’intérêts concurrents entre deux ou plusieurs groupes sociaux. Aussi, historiquement, le conflit social est un conflit du travail. C’est l’intuition de Marx quand il présente une analyse sociale structurée par la lutte des classes. Les bourgeois, propriétaires des moyens de productions, sont en opposition constante avec les ouvriers, qui vendent leur force de travail aux bourgeois. Aussi, pour Marx, c’est par la révolution que sera abolie la propriété et que les ouvriers pourront jouir pleinement du fruit de leur travail, si bien que les conflits du travail, notamment au travers de la grève générale, prend de l’ampleur. Pourtant aujourd’hui, on constate aisément que la société est toujours aussi conflictuelle, bien que le travail ne soit plus un élément aussi mobilisateur qu’hier.

Ainsi, quelles sont les nouvelles formes de conflictualités dans les sociétés ?

 

I. La diversification des revendications

- Doc. 1 : les conflits du travail n’ont pas disparu. En 2010, 3,3 % des entreprises ont connu au moins une grève dans l’entreprise ou l’un de ses établissements et le nombre de journées non travaillées pour fait de grève rapporté aux effectifs salariés équivaut à 318 jours pour 1 000 salariés. Mobilisation contre la réforme des retraites a donc pu mobiliser de manière relativement importante, sous une forme conventionnelle. Conflits du travail « traditionnelles » sont donc persistants. 

- Doc. 2 : le fait d’atteindre une certaine aisance matérielle (doc. 3 : nécessité d’une certaine aisance matérielle pour le boycott) fait émerger de nouvelles revendications qualifiées de « post-matérialistes », portant notamment sur des questions de qualités de vie (écologie, nucléaire, santé…), d’égalité de droits (pauvreté, migrations, féminisme…). Cela accompagne la fragmentation croissante de la société et donc la multiplication des terrains de conflictualité entre gagnant et perdant de la mondialisation, de la moyennisation, de la démocratisation… Ce sont les NMS d’Alain Touraine.

 

II. La diversification des formes d’expression

- Ces NMS se caractérisent par des moyens d’expressions novateurs. Objectif de médiatisation, « opérations coup de poing » pour attirer l’attention : sit-in, pétitions, marches blanches (doc. 2). Ce sont aussi des actions du quotidien pour montrer son mécontentement, comme avec le boycott ou le véganisme (doc. 3). Mais ces derniers nécessitent un certain niveau de vie.

- De nouvelles formes d’expression des conflits émergent aussi, dans le domaine du travail. Les nouveaux mouvements sociaux (NMS) définient par Alain Touraine décrivent ainsi de nouvelles formes d’expression du conflit : les débrayages (ralentissements volontaires du rythme de travail), les grèves du zèle (application méticuleuse des règles de travail pour ralentir le rythme de production)

Pour conclure, si les formes traditionnelles de la conflictualité sociale n’ont pas disparu, avec la pratique de la grève dans le cadre professionnel, elles sont aujourd’hui affaiblies par la moyennisation de la société. Néanmoins, les évolutions de la société avec des phénomènes comme la mondialisation ou le changement climatique font émerger de nouvelles revendications et de nouvelles formes de conflits. Face à la difficulté des syndicats de mobiliser lors des grèves, les conflits du travail eux-mêmes se sont renouvelés et diversifiés.