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LA CONSTRUCTION ET L’ÉLARGISSEMENT DE LA NOTION DE PATRIMOINE

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Le patrimoine, quelles définitions ?

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Le terme patrimoine est un terme très global qui n’est donc pas aisé à définir. Il faut être capable de maîtriser cette notion car il s’agit d’un terme à la mode dans les médias, les institutions et dans les consciences internationales. Pensons par exemple, à l’émoi mondial causé par l’incendie de Notre-Dame ou au Loto du patrimoine.

 

I. Du bien privé au bien commun

 

Il existe une définition ancienne et héritée de l’Antiquité qui existe encore aujourd’hui.

 

A. Une définition économique

Le patrimoine est un bien privé. L’étymologie du terme renvoie à un bien qui appartient au père de famille avec le terme pater familias qui a donné celui de « patrimoine ». L’idée étant que ce bien allait être transmis à ses descendants avec le besoin de le préserver pour le transmettre à nouveau. Évidemment, le bien pouvait être alors aliénable. Il peut être divisé pour être transmis à plusieurs ou il peut être confisqué.

 

B. Vers une définition culturelle

Avec le temps, il y a une évolution de cette définition strictement économique, vers un sens plus large et culturel. La définition de l’historien d’art André Chastel caractérise le patrimoine de cette manière :

« Les trésors du passé qui sont jugés dignes d’être préservés, connus, voire célébrés et transmis aux générations futures ».

 

C. L’exemple des Joyaux de la Couronne

Un exemple peut permettre de comprendre le passage du bien privé au bien commun. Il s’agit de l’idée que l’on a tous un héritage dans lequel on peut se reconnaître.

Le roi François Ier (XVIe siècle) a décidé que les bijoux reçus en cadeau par des ambassades ou achetés, ne lui appartenaient pas mais devaient être transmis aux souverains successifs. Chacun peut alors avoir à cœur de réutiliser ces joyaux. Ils pouvaient être démontés d’une couronne pour être réassortis sur une épée de sacre. Par exemple, Napoléon a récupéré le Régent sur la couronne de France (le plus gros diamant) pour le mettre sur son épée de sacre. Son épouse Marie-Louise, quand elle rejoint l’Autriche, part avec de belles parures, mais elle doit les rendre car elles appartenaient à l’État français et non pas à elle.

 

II. Du monument au bien immatériel

 

L’objet même de ce qui fait patrimoine évolue. Pendant très longtemps, en France ou ailleurs, quand on dit patrimoine, on pense églises, châteaux historiques, etc. Cette définition va être de plus en plus large et continuer à évoluer et à se complexifier à notre époque.

 

A. Le concept de patrimoine industriel

Cette évolution peut se saisir à travers le concept du patrimoine industriel. Quand on a détruit des villages textiles, des habitats ouvriers, des usines, des villes-usines, il y a eu un sursaut identitaire des populations et de certains urbanistes, géographes et historiens pour souligner que cela raconte beaucoup de l’histoire de nos sociétés et qu’il ne fallait pas tout faire disparaître. Si la France fut pionnière, avec l’exemple des Joyaux de la Couronne, c’est du côté de l’Angleterre que l’innovation patrimoniale se fait.

 

B. L’exemple de l’Iron Bridge

Berceau de la civilisation industrielle, l’exemple de l’Iron Bridge est intéressant. Il fut l’une des premières constructions métalliques à être classée, c’est-à-dire identifiée comme devant être protégée et faisant partie d’un patrimoine commun. Le pont en lui-même fut l’une des premières constructions métalliques, dès la fin du XVIIIe siècle. Ce n’est pas seulement le pont qui a été classé, mais toute la vallée car elle comporte des mines de charbon, de fer et des aciéries.

Le sens est donc élargi dans la mesure où un bien du XIXe siècle est aussi intéressant pour le patrimoine qu’un château. Egalement dans la mesure où des paysages entiers, ici industriels, peuvent être classés et considérés.

 

C. La convention de 2004 de l’UNESCO

La décision de 2004 de l’UNESCO a fait polémique en créant la notion de bien immatériel. On pense par exemple aux rites, aux savoir-faire, aux danses.

Alors que dans l’idée de patrimoine, il y avait la notion universelle qui pouvait se reconnaître, on veut au contraire préserver quelque chose de particulier. Il y a donc un virage conceptuel de la notion. C’est pourquoi cette notion de bien immatériel est assez critiquée. Certains n’hésitent pas à parler d’un fourre-tout patrimonial. Ils se demandent par exemple quel est le rapport entre une église monumentale et un repas gastronomique ou la dentelle d’Alençon.

 

Conclusion

 

La définition de patrimoine n’est donc pas simple. Cela tient en partie du fait que de quelque chose de concret, des biens cernés, la notion a été de plus en plus élargie.