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ANNALE - ÉTUDE DE DEUX DOCUMENTS : LA PRÉSENCE DES ÉTATS-UNIS AU PROCHE ET AU MOYEN-ORIENT

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Les États-Unis et le monde depuis 1918

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I. Un rapport au monde encore non affirmé (1918-1945)

 

A. La vision des États-Unis

Les États-Unis sont un pays jeune. Ils ne deviennent une puissance qui compte qu’à la fin du XIXe siècle.

Deux éléments doivent être maitrisés pour bien comprendre la vision étasunienne :

- La Destinée Manifeste est une idée que l’on retrouve dès la naissance des États-Unis. Selon celle-ci, les Américains ont réussi à bâtir sur leur sol un modèle démocratique et libéral excellent qu’ils ont vocation à étendre au-delà de leurs frontières, par un mandat quasi divin. En effet, les Américains sont un peuple extrêmement religieux. L’idée est que ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour le monde, et inversement. Cette Destinée Manifeste a des effets durant toute la période étudiée.

- La doctrine Monroe. C’est l’une des rares doctrines mises en place dans l’administration américaine au XIXe siècle. Elle date de 1823. Elle dit que le continent américain est un espace géographique réservé des États-Unis. C’est un message adressé aux puissances coloniales européennes pour les dissuader de tenter d’implanter des colonies sur le continent américain, et notamment en Amérique latine.

Ces deux doctrines forment le principal corpus idéologique du pays en matière de politique étrangère au moment où commence la Première Guerre mondiale qui fait sortir les États-Unis de leur neutralité.

 

B. 1917 : la « fausse entrée » dans l’arène mondiale

En 1917, les États-Unis entrent en guerre pour garantir la libre circulation sur les mers, alors que des bateaux de commerce approvisionnant le Royaume-Uni ont été coulés par l’Allemagne.

On peut parler d’une « fausse entrée » des États-Unis dans la Première Guerre mondiale. La contribution militaire des Américains a existé et a été importante, bien qu’elle le fut moins que durant la Seconde Guerre mondiale où leur apport militaire a été décisif. C’est davantage par les projets prévus pour l’après-guerre par le président américain, W. Wilson, idéaliste, que les Américains se signalent à la fin de la Première Guerre mondiale. Cela prend la forme des quatorze points du président Wilson, publiés en janvier 1918. Ils prévoient l’ordre d’après-guerre, portant sur la garantie de la paix mondiale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, en prévoyant la constitution de la Société des Nations (SDN) pour garantir la paix. Wilson semble avoir une guerre d’avance : ces projets existeront véritablement après 1945. Il faudra donc un second conflit pour que cette vision multilatérale puisse s’imposer dans le monde.

 

C. Quelle présence américaine ? 

Après la victoire des Alliés en 1918 et bien que les idées de Wilson imprègnent le Traité de Versailles (1919), les Américains n’approuvent pas les décisions prises à Paris à la fin de la guerre. Le Sénat américain refuse la ratification de la SDN et du Traité de Versailles. Ils retournent ainsi à une forme d’isolationnisme, relativement mesuré. Le Sénat américain considère que cette guerre n’était pas la leur.

Ce moment est marqué par la prégnance dans la vie politique du slogan « America First » (l’Amérique d’abord) et le renfermement des États-Unis sur leurs propres intérêts.

Il n’en demeure pas moins une présence américaine. Elle est d’abord économique. Les Étasuniens pratiquent la doctrine de la porte ouverte : ils sont très attentifs à l’ouverture de marchés, et notamment des marchés coloniaux dominés par la France et l’Angleterre à l’époque. Ils sont aussi très actifs dans la diplomatie du dollar et dans le règlement de la dette des Allemands vis-à-vis de la France et de l’Angleterre. Les États-Unis ne sont donc pas inactifs, mais il n’y a pas de vraie projection diplomatique et militaire.

 

II. L’affirmation de la puissance américaine (1945-1989)

 

A. Une intervention décisive dans la Seconde Guerre mondiale

Ce sont les États-Unis du président Roosevelt qui, en 1941, consécutivement à l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, deviennent des belligérants aux côtés du Royaume-Uni et de l’URSS.

Dès mars 1941, par la loi « prêt-bail », les États-Unis avaient déjà consenti des prêts de matériel de guerre au Royaume-Uni. A peine les lois de neutralité sont-elles votées qu’elles sont déjà détournées par le président Roosevelt compte-tenu de la menace nazie en Europe. Ils sont ainsi sortis de cette neutralité qu’ils s’étaient imposés dans les années 1930.

L’investissement des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale est plus important que dans la première. Ils sont en guerre pendant quatre ans, sur deux fronts (Europe et Pacifique). Ils sont les vainqueurs logistiques de la guerre. Ils ont à déplorer peu de pertes : 300 000 soldats tués, ce qui est peu par rapport à l’URSS. Le génie technique des États-Unis se manifeste dans le débarquement en Normandie en 1944 et la lutte contre le Japon. C’est la clé de la victoire des États-Unis et de leurs alliés.

Le fait que les États-Unis aient été peu touchés sur leur sol pendant la guerre explique qu’ils soient dans une position éminente sur le plan économique en 1945. Les États-Unis détiennent, à cette époque, la moitié de la production industrielle mondiale. Ils aident à la reconstruction des pays alliés, mais imposent aussi un nouvel ordre politique et économique sur le plan international. Cela passe par la création de l’ONU en 1945, ou des grandes institutions financières du FMI et de la Banque Mondiale en 1944 pour assurer la paix mondiale à partir de 1945, fondée sur le multilatéralisme et le libéralisme économique.

 

B. L’endiguement

Cette situation est rapidement bouleversée par l’entrée dans la Guerre froide en 1946-1947. Commencent alors quatre décennies de conflit avec l’Union soviétique. Pendant cette période, les États-Unis se consacrent à l’endiguement du communisme dans le monde. La doctrine de l’endiguement a été formulée par le président Truman en mars 1947. Elle consiste à dire que là où les communistes essaieront d’étendre leur influence, ils trouveront les États-Uniens pour les en empêcher.

L’endiguement se fait principalement par un réseau d’alliances militaires. Des États s’allient aux États-Unis, comme dans l’OTAN créé en 1949. Cela permet de contrôler la puissance communiste. Cet endiguement se réalise avec plus ou moins de réussite. Le blocus de Berlin est levé en 1949. La guerre de Corée permet d’éviter l’expansion du communisme dans la péninsule coréenne.

Mais à partir de la guerre du Vietnam, l’endiguement devient beaucoup plus difficile. Les États-Unis y renoncent en se retrouvant dans une situation nouvelle sur le plan militaire. La guerre conventionnelle qu’ils connaissent depuis 1945 est remplacée par la guérilla. Les années 1970 sont plus difficiles pour les États-Unis. A un certain nombre de défaites militaires s’ajoutent des difficultés économiques et à une altération de la réputation des États-Unis. Ils sont accusés de mener au Vietnam une guerre injuste.

 

C. La victoire dans la Guerre froide : « America is back »

L’élection de R. Reagan en 1980 entraîne la reprise de l’offensive des États-Unis dans la Guerre froide. Le slogan du président Reagan est « America is back » (l’Amérique est de retour). Les États-Unis reprennent la course aux armements. Ils obligent les Soviétiques à se retirer de théâtres d’opération où ils sont engagés. Il va de soi que la victoire étasunienne dans la Guerre froide est permise par la souplesse du dirigeant soviétique de l’époque, M. Gorbatchev, qui accepte le dialogue.

Dès 1987 et la signature du traité de Washington, le premier traité de désarmement, on peut considérer que les États-Unis sont vainqueurs de la Guerre froide. Ils sont alors en position de force pour imposer un nouvel ordre mondial.

 

III. Depuis 1989, un ordre américain ?

 

A. Le temps de l’hyperpuissance : « gendarmes du monde » (années 1990)

Dans les années 1990, les États-Unis semblent dominer seuls le monde et peuvent être qualifiés d’hyperpuissance. Ce terme a été inventé par le ministre français des Affaires étrangère H. Védrine. C’est un terme rétrospectif valable pour la situation des États-Unis dans les années 1990. Attention, c’est uniquement à cette période que peut être utilisée cette expression, comme celle de « gendarmes du monde ».

L’hyperpuissance qualifie cette situation particulière où les États-Unis sont une puissance considérable, sans rival. Cela signifie aussi la maîtrise de tous les aspects de la puissance. Le « hard power » est la puissance politique et militaire. Alors que les dépenses militaires de la Russie s’effondrent rapidement à la fin de la Guerre froide, celles des États-Unis sont maintenues à un haut niveau, comme si les États-Unis voulaient assumer la fonction de « gendarmes du monde ». Cela passe aussi par la puissance économique.

Le « soft power » est la puissance culturelle, c’est un vecteur de la puissance américaine à cette période. La diffusion de l’« American way of life », le mode de vie américain, se poursuit.

En 1990, les États-Unis entrent dans une guerre de coalition contre l’Irak, pour l’obliger à se retirer du Koweït. Cette victoire américaine dans la Première Guerre du Golfe est à l’origine de l’institution d’un nouvel ordre international fondé sur l’action de l’ONU. C’est un idéal que les États-Unis s’appliquent à mettre en œuvre dans cette décennie 1990. Ils interviennent ainsi dans l’ex-Yougoslavie ou en Somalie pour mettre fin à des conflits.

 

B. Les États-Unis de nouveau en guerre

Ce rêve d’un ordre multilatéral prend fin au tout début du deuxième millénaire avec les attentats du  11 septembre 2001. Ils sont consécutifs à la présence étasunienne au Moyen-Orient depuis la Première Guerre du Golfe. Ils entraînent les États-Unis de G. W. Bush dans un nouveau cycle de guerre.

La réponse des États-Unis aux attentats est l’invasion de l’Afghanistan en 2001, avec l’approbation de la communauté internationale. Deux ans plus tard, en 2003, lorsque les États-Unis entrent à nouveau en guerre contre l’Irak, ils font preuve d’unilatéralisme en faisant fi du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils retournent ainsi en guerre au Moyen-Orient, d’une part pour la défense de leurs propres intérêts, se présentant en position de légitime défense contre un Afghanistan menaçant et d’autre part dans une vision de Destinée Manifeste revitalisée, puisque l’objectif de cette intervention est aussi de démocratiser la région. Les néoconservateurs américains, conseillers de G. W. Bush, ont pour ambition de pacifier la région par l’exportation de la démocratie.

 

C. « Primus inter pares » ?

Pour qualifier la position des États-Unis aujourd’hui, on peut interroger la locution latine « Primus inter pares », premier parmi les semblables. Les États-Unis ne sont-ils qu’un des acteurs majeurs d’un monde multipolaire où la Chine ou la Russie de Poutine seraient à la fois des partenaires et des opposants ? Les États-Unis ne seraient donc plus en situation d’hyperpuissance.

Mais on constate que les États-Unis conservent des positions éminentes dans le monde contemporain. Ils sont notamment très en avance dans le domaine de l’armement : les États-Unis détiennent encore la première puissance militaire mondiale. Il suffit de rappeler que sur une quinzaine de porte-avions en circulation, onze sont étasuniens. La projection américaine reste considérable.

On peut enfin signaler le « smart power » (pouvoir habile/intelligent) qui est le dernier avatar de la puissance étasunienne. Il est fondé sur les industries numériques, sur les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) qui travaillent en relation avec les services secrets étasuniens. Le big data, la quantité de données détenues par ces GAFA, fait des États-Unis une puissance incomparable dans la possession de données.