PHILOSOPHIE

« L'HOMME EST PAR NATURE UN ANIMAL POLITIQUE », ARISTOTE

I. L’existence sociale est naturelle

Pour commencer, on peut noter que cette citation s’oppose à trois conceptions de l’existence sociale. « Être par nature un animal politique » revient à dire que l’existence sociale est naturelle.

Cela veut dire dans un premier temps que l’existence sociale n’est pas une dénaturation. L’homme ne travestit pas sa nature en existant socialement. Il est des philosophes pour penser le contraire. Même s’il est anachronique de le dire, c’est le cas de Freud qui a écrit dans Malaise dans la civilisation que l’homme, pour vivre en société, doit renoncer à la satisfaction de certains désirs, doit sacrifier certaines pulsions puisque s’il devait assouvir ses désirs agressifs, aucune vie en société ne serait possible. Donc selon Freud, pour vivre en société, l’homme doit renoncer à une partie de naturel en lui. Ce n’est pas du tout ce que dit Aristote, bien au contraire, en défendant l’idée que l’existence sociale est naturelle.

Deuxièmement, dire que l’existence sociale est naturelle revient à dire que la société n’est pas un artifice. En disant cela, la conception aristotélicienne s’oppose à tous ceux qui prétendent que les hommes s’unissent en société par convention parce qu’ils seraient pressés par la nécessité, et par le besoin de vivre ensemble. C’est par exemple une position adoptée par Hobbes qui prétend que l’homme, en raison de l’état de guerre qui caractérise l’état de nature, est contraint de s’unir à d’autres hommes de telle sorte qu’ils mettent en place un pouvoir capable de les tenir chacun en respect. On voit dans cette conception que l’existence sociale est artificielle, c’est une construction, là où pour Aristote, il s’agit de quelque chose de naturel.

Enfin, si l’existence sociale est naturelle, c’est signifier que l’homme ne se réalise en tant qu’homme qu’au sein de la société, ou autrement dit, que l’homme n’acquière son humanité qu’au sein de la vie avec d’autres hommes, qu’au sein de la vie collective. Donc l’homme en dehors de la société n’est pas vraiment un homme. Aristote est donc en opposition avec une conception moderne de l’homme qui veut faire de ce dernier un individu autonome qui existe à part entière, indépendamment de la société. Ce serait une conception libérale de l’homme où l’homme existerait antérieurement à la société, qu’il déciderait de fonder puis d’y adhérer ou pas.

On a donc une conception de l’homme qui, en faisant de l’existence sociale quelque chose de naturel, s’oppose à l’idée que c’est une dénaturation, que c’est un artifice, et que l’homme pourrait exister en dehors de la société.

 

II. Argument : la différence voix/parole

Pour démontrer cette thèse, l’argument d’Aristote repose sur une distinction qu’il fait entre la voix et la parole. L’argument d’Aristote est le suivant : c’est parce que l’homme est doué de parole et c’est parce que la nature ne fait rien en vain que l’homme est un animal politique.

La voix, pour Aristote, est quelque chose que nous avons en commun avec les animaux. La voix est la capacité à émettre des sons et à exprimer et transmettre des émotions ou des sentiments comme le plaisir ou la peine.

La parole est différente, car elle est le propre de l’homme. Les animaux ne l’ont pas. C’est la capacité d’articuler les sons de manière à pouvoir prononcer des jugements, c’est-à-dire dire quelque chose de quelque chose. Or, le jugement porte et véhicule potentiellement des valeurs comme le Juste, le Vrai, le Bien, le Beau. Ce sont des valeurs qui, pour être admises, supposent d’être soumises à l’assentiment de tous. Cela suppose qu’on ait débattu sur leur signification.

Il y a donc une finalité, une dimension politique de la parole, c’est pour cela qu’Aristote dit que l’homme est par nature un animal politique.