Analyse de la structure sociale

Comment les sociologues pensent-ils la structure sociale ?

La stratification sociale est l’ensemble des différenciations sociales basées sur la distribution inégale des ressources et des positions dans une société.

La stratification sociale est le fondement d’une hiérarchie sociale plus ou moins formelle dans une société. Elle se fonde sur des groupes sociaux qui sont des ensembles d’individus partageant des caractéristiques communes.

On distingue les sociétés dans lesquelles il existe des groupes de droit dont l’existence ou la religion est reconnue formellement dans la loi : c’est notamment le cas des castes sociales en Inde ou encore des ordres sous l’Ancien régime. Dans notre société, il n’existe pas de caste sociale, en principe tous les individus sont égaux. Il existe toutefois des groupes de fait dont on ne peut nier l’existence bien qu’elle ne soit pas retranscrite dans la loi.

Pour étudier la structure sociale on se fonde sur l’analyse de deux sociologues allemands des XIXe et XXe siècles : Marx et Weber. Leur analyse diffère, Marx estime qu’il y a des classes sociales tandis que Weber estime que les circonstances sont plus complexes et les groupes moins formellement ancrés : il parle ainsi de « strate ».

 

I. La structure sociale selon Marx

 

Pour Marx, la dimension fondamentale est l’aspect économique. La position dans le rapport de production est déterminante : il oppose les capitalistes qui disposent des moyens de production aux travailleurs ne disposant que de leur force de travail pour subvenir à leur besoin, appelés prolétariat. Le critère économique est donc fondamental en tant qu’il fonde cette idée de classe en soi, c’est-à-dire l’existence de groupes sociaux en vertu de leur condition de vie ou de leur place dans le processus de production. Ainsi, une classe sociale en soi correspond à l’ensemble des personnes partageant les mêmes conditions d’existence. Pour Marx, le fait de partager les mêmes conditions sociales ne suffit pas : il faut un sentiment d’appartenance ou le sentiment d’appartenir à une classe sociale. Cela correspond à la classe pour soi. C’est un groupe qui partage un intérêt commun mais qui en a également conscience.

 

II. La structure sociale selon Weber

 

Pour Weber l’analyse est différente bien qu’il admette aussi qu’il existe des différences économiques au sein des sociétés. Selon lui, ce n’est pas le seul critère qui permette d’analyser la société. Il y aurait trois dimensions : économique (se basant sur les richesses), sociale (se basant sur le prestige) et politique (accès au pouvoir). Pour Weber, il y a un enchevêtrement de positions car des strates peuvent se superposer. On peut avoir beaucoup de richesse et peu de pouvoir politique.

Une autre différence fondamentale est que Marx considère que les classes ont forcément des intérêts antagoniques menant au conflit et créant nécessairement une lutte de classe. Weber estime qu’il n’y a pas forcément de conflit car les classes ne sont pas figées et il existe des possibilités d’évoluer.

 

Ainsi, l’analyse de Marx est caractérisée de réaliste car il part du constat que les classes existent et qu’il ne fait que les analyser. Pour Weber, on part davantage d’une analyse nominaliste car les groupes sociaux n’existent pas forcément et c’est le sociologue qui les nomme et les identifie pour pouvoir les analyser.

Pourquoi dit-on que les inégalités sont multiformes et cumulatives ?

Une inégalité correspond au fait que l’on ne dispose pas égalitairement des mêmes ressources socialement valorisées. Il existe à cet égard différents types de ressources telles que les ressources culturelles,  les ressources symboliques (comme le prestige) ou les ressources économiques.

 

 

En général on considère qu’il existe trois grands ordres d’inégalités :

– les inégalités de l’avoir, de ce qu’on peut posséder comme emploi, revenu, logement, etc., (en rouge, orange et jaune sur le schéma).

– les inégalités du savoir, inégalités culturelles qui correspondent aux savoirs ou à la capacité d’appréhender le monde en donnant un sens à sa vie (en vert sur le schéma).

– les inégalités du pouvoir correspondant à la capacité d’agir sur le monde et déterminer la société dans laquelle on souhaite vivre (en bleu sur le schéma).

Ces inégalités ne sont pas indépendantes les unes des autres. Elles interagissent, si bien que l’on dit qu’elles sont cumulatives. Les groupes sociaux les plus désavantagés le sont généralement sur tous les éléments.

 

Par exemple, en ne prenant uniquement les inégalités de richesse, on se rend compte que le revenu détermine le montant du patrimoine. En effet, sans revenu, on ne peut épargner et se créer un patrimoine mobilier ou immobilier pour l’avenir. En retour, si l’on possède un patrimoine, il sera possible d’en toucher des revenus (des dividendes si l’on possède des actions ou des loyers si l’on possède des biens immobiliers.)

Ces inégalités ont des impacts sur d’autres inégalités notamment les inégalités face à l’école. La capacité à faire des voyages culturels ou bien l’accès aux cours particuliers sont déterminés par le revenu. Par ailleurs, l’accès à des quartiers prestigieux permet d’accéder à des écoles de renom. Le revenu détermine également la qualité du foyer qui est déterminant dans la réussite scolaire : les foyers insalubres ne sont pas des endroits propices à l’étude.

On peut aussi montrer que les inégalités culturelles ont un impact sur les inégalités face à l’école dont le diplôme détermine la qualité de l’emploi par la suite. Enfin, il ne faut pas oublier les inégalités face à l’espace public correspondant à la capacité à appréhender le monde dans lequel on vit et à faire entendre sa voix. Ces inégalités sont cumulatives si bien que tous les groupes sociaux ne sont pas égaux face aux inégalités car ces dernières s’enclenchent les unes après les autres.

Peut-on parler de classes sociales dans la société française contemporaine ?

La question de la présence de classes sociales dans la société française contemporaine anime les débats des sociologues. Deux réponses majeures et différentes sont apportées à la question. Henri Mendras estime qu’il faut parler de « moyennisation » et de brouillage des classes sociales. Louis Chauvel estime quant à lui qu’il existe un véritable « retour des classes sociales ». Les dernières analyses sociales et statistiques semblent confirmer que l’analyse du second se vérifie actuellement.

 

I. Théorie de Mendras : moyennisation et brouillage des frontières des classes sociales

 

La première théorie permet à Mendras de montrer que la société ne serait plus hiérarchisée de manière pyramidale. Elle serait maintenant en forme de toupie avec au milieu une très vaste classe sociale moyenne (comprenant les ouvriers et les cadres), en bas, une petite poche de pauvreté et en haut, quelques élites. Pour expliquer sa théorie, il s’appuie sur les transformations de la structure sociale, notamment la tertiarisation de la société laissant une très grande part aux services avec beaucoup d’employés, de cadres et d’ouvriers qualifiés. Des individus qui se ressembleraient de plus en plus et occuperaient des fonctions également proches. L’éventail des revenus serait moindre du fait de la création d’un salaire minimum, de la hausse des qualifications ou de la baisse des indépendants (chez qui l’écart des revenus peut être important) en faveur des salariés. La fiscalité permettrait également une meilleure répartition des revenus grâce aux effets de répartition. Il constate également une homogénéisation des pratiques culturelles de part la culture de masse. Les loisirs auraient tendance à se rapprocher si bien que tout un chacun se rend désormais au cinéma ou écoute une musique similaire. On peut ajouter le fait que les Français se déclarent massivement appartenir à la classe moyenne. Tout cela permet à Mendras d’affirmer qu’une énorme partie de la population appartient à la classe moyenne.

 

II. Théorie de Chauvel : retour des classes sociales

 

Louis Chauvel s’oppose à cette conception et réintroduit la structure pyramidale de la société. Il s’appuie sur le retour des inégalités économiques avec un décrochage assez flagrant des hauts revenus qui explosent par rapport à des bas revenus qui stagnent. Il estime aussi que les pratiques culturelles et sociales restent inégales : tout le monde ne va pas à l’opéra et l’accès à l’éducation reste différent selon le milieu social d’origine. Il cite le fait que 90 % des cadres ont un baccalauréat général contre 20 % des ouvriers. Ensuite, il existerait de nouvelles inégalités dues à la précarisation de l’emploi. Il y aurait des générations à emploi stable opposée à des générations plus précaires avec des emplois bien moins stables et durables. Enfin, Chauvel constate qu’historiquement, ce n’est pas au moment où les inégalités étaient les plus flagrantes que la conscience de classe était la plus présente. Ainsi, l’appartenance pensée par un individu vis-à-vis d’une classe à laquelle il s’identifie pourrait être faussée. Au XIXe siècle, les inégalités étaient énormes et le mouvement ouvrier n’existait pourtant pas encore. Au moment des Trente Glorieuses, paradoxalement, c’était pourtant le cas massivement alors que la conjoncture économique était bonne. Ainsi, pour lui, le fait que le phénomène de réapparition des inégalités ne soit pas accompagné d’un phénomène de regain de conscience de classe n’est pas un indicateur réel de moyennisation.