Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-ils ?

La diversité des marchés selon leur degré de concurrence

Un marché est un lieu de rencontre entre une offre et une demande. Il y a autant de marchés que de biens et de services destinés à la vente. La concurrence peut être définie comme une forme de compétition entre les agents économiques qui se disputent les échanges sur le marché (le fait d’acheter ou le fait de vendre). La concurrence la plus courante est celle des entreprises qui se disputent la vente de biens et de services. Chaque entreprise tente d’en vendre le plus possible relativement à ses concurrentes.

 

I. La concurrence pure et parfaite

 

La concurrence pure et parfaite est le modèle de base, le modèle idéal. Elle se décline sous la forme de cinq hypothèses très importantes.

 

A. L’atomicité du marché

L’hypothèse la plus importante est l’atomicité du marché. Elle est vérifiée quand, sur le marché, il existe un très grand nombre d’offreurs et de demandeurs de sorte qu’aucune des deux parties ne puissent influencer le prix de marché. Dans ces cas-là, on dit que les agents sont price takers, preneurs de prix : ils ne peuvent pas influencer le prix du marché.

 

B. La libre entrée et sortie du marché

La seconde hypothèse est la libre entrée ou sortie du marché. Les consommateurs et les producteurs peuvent librement rentrer ou sortir du marché, il n’y a pas de contraintes, il n’y a pas de barrières à l’entrée, ni à la sortie.

 

C. L’homogénéité des produits

La troisième hypothèse est l’homogénéité des produits. Les biens ou services vendus sur le marché ont les mêmes caractéristiques, ils sont tous identiques.

 

D. La perfection de l’information

Ensuite vient l’information parfaite, c’est-à-dire que, sur le marché, offreurs et demandeurs connaissent énormément d’informations sur les produits échangés.

 

E. La mobilité des facteurs de productions

La mobilité parfaite des facteurs de production signifie que le facteur travail et le facteur capital sont relativement mobiles, ils peuvent se déplacer instantanément sur le marché ou d’un marché à l’autre. 

 

II. Les marchés à concurrence imparfaite

 

La concurrence pure et parfaite est une matrice idéale, et dans les faits, l’hypothèse d’atomicité est parfois contestable. Une structure de marché est une catégorisation des marchés en fonction du nombre d’offreurs et de demandeurs présents sur ce marché.

 

A. L’oligopole

L’oligopole peut se définir comme une situation dans laquelle, sur un marché, il y n’a que quelques entreprises qui sont présentes avec en face un très grand nombre de consommateurs. Cette structure de marché est courante dans le secteur de l’alimentation rapide, par exemple : McDonald’s, Burger King, Quick ne sont que quelques entreprises à se partager le marché.  Il faut ici s’intéresser aux stratégies des différentes entreprises, l’objectif étant d’accroître les ventes, le pouvoir de marché, ou encore les prix pour augmenter les bénéfices. 

Une première situation d’oligopole est une situation de concurrence sur les prix. Dans ce cadre-là, les entreprises tentent de proposer aux consommateurs des biens et des services à des prix toujours plus attractifs. On peut prendre le cas, en France, de la grande distribution qui livre une concurrence acharnée de manière à attirer de plus en plus de consommateurs car chaque enseigne proposerait peut-être un certain nombre de biens ou services à des prix toujours plus bas.

Il y a également la différenciation sur les produits. Les entreprises ne s’intéressent alors pas tant aux prix qu’aux quantités. Chaque entreprise essaie de singulariser ses produits, de proposer un certain nombre de produits avec différentes caractéristiques. On peut distinguer la différenciation verticale et horizontale. La différenciation verticale revient à proposer diverses gammes d’un produit à des prix et qualités différents. La différenciation horizontale revient à proposer un bien avec une multitude de critères pouvant s’adapter aux préférences des consommateurs qui sont assez variées.

Enfin, il est nécessaire de s’intéresser aux interactions des entreprises dans cette structure de marché. Les entreprises doivent anticiper leurs concurrentes, et certaines s’adaptent. Il y a parfois une entreprise leader et des entreprises qui vont suivre. On peut prendre l’exemple de Free Mobile qui est le dernier nouvel entrant sur le marché de la téléphonie mobile. Xavier Niel à décidé de baisser les prix des forfaits illimités avec les smartphones. C’était une stratégie assez intéressante mais risquée : l’entreprise a baissé ses prix et en répercussions, les autres entreprises se sont adaptées à cette baisse des prix. Elles ont proposé a leur tour des prix beaucoup plus faibles.

 

B. Le monopole

Le monopole peut se définir comme une situation où une seule entreprise est présente sur le marché. Il y a 3 types de monopole.

– Le monopole naturel ou de facto existe lorsqu’il est plus efficace d’un point de vue économique qu’une seule entreprise satisfasse tout le monde. C’est notamment le cas lorsque l’entreprise doit réaliser des économies d’échelle. Les entreprises de réseau, avec des infrastructures, comme la SNCF ou avant avec France Télécom, constituent souvent des monopoles naturels.

– Le monopole légal existe lorsque, pour des raisons politiques, de stratégie, de défense, etc., l’Etat décide de réserver le marché pour une seule entreprise. Par exemple, La Française des jeux parce qu’on peut considérer que le secteur des jeux d’argent est un secteur sensible. Aujourd’hui, cette entreprise est en passe d’être privatisée.

– Le monopole lié à la détention d’un brevet : C’est le monopole le plus fréquent. L’entreprise a, durant un certain temps, un monopole temporaire parce qu’elle a su innover et qu’elle a découvert un nouveau produit. Par exemple, les médicaments protégés d’abord par un brevet et produits par la seule entreprise qui a découvert la molécule, avant que la production soit étendue avec des médicaments génériques.

Quel est l'objectif de la politique de la concurrence ?

La politique de concurrence regroupe l’ensemble des instruments dont disposent les pouvoirs publics afin d’améliorer la situation non concurrentielle d’un marché. En France, l’Autorité de concurrence a cette compétence et sur le marché européen, c’est la Commission européenne.

 

I. Pourquoi mettre en place une politique de la concurrence ?

 

On sait qu’il y a sur les marchés des offreurs et des demandeurs. Parfois, il y a un nombre restreint d’offreurs. Ils ont un pouvoir de marché et sont donc faiseurs de prix. Ils peuvent influencer les prix à la hausse, ce qui va léser le consommateur. La première explication est donc la défense du consommateur. Il doit pouvoir choisir sur chaque marché un nombre important de biens et de services différents à des prix toujours avantageux, jugés faibles. En tout cas, la politique doit faire en sorte que les entreprises ne profitent pas trop de leur pouvoir de marché pour faire du surprofit.

 

II. Comment mettre en œuvre la politique de la concurrence ?

 

Les institutions de la concurrence, la Commission européenne et l’Autorité de la concurrence, sont attentives à différents abus.

 

A. La lutte contre les ententes

On distingue l’entente sur les prix et l’entente sur les quantités. Quand des entreprises s’entendent, elles le font secrètement. L’objectif est de ne pas se faire prendre. Elles peuvent décider par exemple d’augmenter les prix simultanément. Cela s’est vu sur le marché des fabricants de lessive, de produits électroménagers, des yaourts, des compotes, etc. Les entreprises ont simultanément augmenté leurs prix, ce qui est évidemment préjudiciable aux consommateurs.  Lorsque les autorités voient cela, elles peuvent infliger des amendes extrêmement lourdes aux entreprises concernées.

 

B. La lutte contre les abus de position dominante

Il n’est pas interdit qu’une entreprise ait un pouvoir de marché mais il est interdit qu’elle profite de cette position dominante pour empêcher d’autres entreprises de venir sur le marché ou pour contraindre la concurrence. Par exemple, l’opérateur téléphonique Orange a été condamné, il y a plusieurs années, pour avoir fidélisé des entreprises privées de sorte à contraindre les entreprises à ne pas chercher d’autres contrats auprès d’autres opérateurs. L’Autorité de la concurrence a considéré que c’était un abus de position dominante.

 

C. La lutte contre les concentrations

Les entreprises sont libres de fusionner et de devenir une même entité (une entreprise rachète une autre entreprise). Dans le cas d’une fusion-acquisition, les autorités sont attentives à ce que cette concentration n’ait pas un impact négatif sur le consommateur.  L’institution se saisit de la volonté d’une entreprise de fusionner ou d’en acheter une autre, et elle va prendre du temps pour réfléchir. Elle a trois solutions. Elle peut accepter dans les termes la concentration, elle peut l’accepter sous condition ou elle peut la refuser. Par exemple, à trois reprises, la Commission européenne a interdit à l’entreprise de voyages aériens low cost Ryanair de racheter à Aer Lingus, car la Commission considérait que cela allait réduire le nombre de voyages et allait augmenter les prix des voyages.

 

III. Comment la politique de la concurrence améliore-t-elle le surplus du consommateur ?

 

Il y a une règle de marché selon laquelle toute diminution du prix de marché entraîne une amélioration du surplus du consommateur. Une politique concurrentielle vise généralement à augmenter le nombre d’entreprises présentes sur un marché. Or, plus il y a d’entreprises sur un marché plus l’offre augmente, et donc c’est un choc d’offre positif. On a donc une nouvelle offre, située graphiquement à droite de la courbe d’offre originelle, et on a un nouvel équilibre. Pour ce nouvel équilibre, par rapport à l’équilibre précédent, le prix de marché baisse, et les quantités échangées augmentent. Donc le surplus du consommateur augmente à la suite de l’introduction d’une politique concurrentielle qui a accrue l’offre présente sur le marché.