Décrire, figurer, imaginer au siècle des Lumières

Décrire, figurer, imaginer au siècle des Lumières

À la Renaissance et à l’âge classique, on décrit, on figure et on imagine principalement autour du genre littéraire qu’est l’utopie. On continue au siècle des Lumières (XVIIIe siècle).

Les trois textes étudiés sont très différents car il y a un texte théâtral, un roman d’anticipation et un dialogue philosophique :

 

Marivaux, L’Île des esclaves (1725)

Ce texte peut être lu à la fois comme un texte de théâtre et comme un texte d’argumentation indirecte. Il s’agit de l’histoire d’un naufrage (utopique ou dystopique, selon les points de vue : description + imagination) sur une île où les rapports de domination sociale sont inversés : les maîtres sont devenus esclaves et les esclaves sont devenus maîtres. Du côté des esclaves, la réalité est devenue utopique. Du côté du maître, la réalité est devenue dystopique. À la fin, les rapports de domination redeviennent ce qu’ils étaient initialement.

La réflexion de la pièce tourne autour de ce qui fonde et légitime les positions sociales et ce qui signifierait de changer les choses : est-ce que le valet peut devenir un maître ? Un maître va-t-il mieux comprendre la situation de son valet ? C’est une pièce de théâtre qui s’inspire des textes antiques grecs et latins sur la révolte des esclaves.

 

Mercier, L’An 2440, rêve s’il en fut jamais (1771)

Premier roman d’anticipation qui place son action dans le futur : utopie (description + imagination) d’une société méritocratique et d’une forme d’État Providence (aujourd’hui un État Providence signifie un État très caractérisé, alors qu’ici un État Providence prend le sens d’un État qui prend soin de son peuple => définition différente de celle d’aujourd’hui). Il imagine une société où les individus peuvent accéder à la fonction qu’ils méritent d’exercer et où le roi se soucie de son peuple. L’utopie est ici déplacée dans le temps (le futur) et non pas dans un lieu.

 

Diderot, Paradoxe sur le comédien (1769)

Dialogue philosophique où deux personnages discutent de la définition de la figure du « meilleur comédien ». Diderot avance l’idée que le meilleur comédien est celui qui ne ressent pas ce qu’il joue (figure du comédien de sang-froid), celui qui est détaché des émotions qu’il essaie de retranscrire. Il y a donc une distinction entre l’imagination de l’émotion et sa réalité. Emerge aussi cette figure du comédien idéal (figuration + imagination).