L’Île des esclaves, Marivaux

L'Île des esclaves, Marivaux - Oral

L’Île des esclaves de Marivaux est l’une des oeuvres que vous pouvez choisir de présenter à la fin de l’oral du baccalauréat de français. Vous allez présenter l’oeuvre, la défendre ou la blâmer, vous donnez votre avis sur l’oeuvre. À la fin de la présentation, pendant 3-4-5-6 minutes et en fonction du temps pendant lequel vous aurez parlé, l’examinateur va poser des questions sur cette lecture. Ces questions peuvent être des questions de connaissance ou des questions d’avis personnel.

 

I. Questions de connaissance

 

Cette pièce est-elle révolutionnaire ?

Marivaux est un auteur du XVIIIe siècle ; il écrit avant la Révolution française. Dans certaines de ses pièces, et notamment dans celle-ci, il traite de la question du rapport des classes  (classe est un mot employé ici de manière anachronique puisqu’il naît au XIXe siècle) ou du moins du rapport entre les ordres (la noblesse et le peuple) ou entre les conditions (hommes/femmes ; nobles argentés/nobles désargentés ; bourgeois/nobles). Dans cette pièce, Marivaux traite d’un esclave, Arlequin, et de son maître ; les rapports entre le maître et l’esclave vont être inversés. L’esclave va devenir le maître du maître. En ce sens, il est possible de voir une prémonition ou un présentiment par rapport à la Révolution (où la volonté des révolutionnaires va être d’abolir la société des ordres, abolir la hiérarchie sociale mise en place et d’accorder à chacun la place qui lui revient selon son mérite). En ce sens, cette pièce est révolutionnaire.

Mais il est possible de dire que cette pièce n’est pas révolutionnaire puisqu’à la fin de la pièce, l’esclave redevient esclave et le maître redevient maître. Les personnages, l’esclave en premier lieu, disent que tout est pour le mieux et que cet ordre social-là lui convient très bien. De ce fait, il est possible de dire qu’il est contre-révolutionnaire, qu’il va à rebours des idées révolutionnaires.

 

Quel moment de cette pièce vous a surpris ? Pourquoi ?

La notion de surprise est essentielle chez Marivaux quand il écrit des pièces sur les sentiments, sur l’amour. La surprise de l’amour est vue comme étant un type de pièce qu’écrit Marivaux ; il en a écrit cinq sur la notion de surprise de l’amour.

Dans L’île des esclaves, la surprise est différente puisqu’elle ne vient pas de quelqu’un d’amoureux. Elle vient d’un retournement de situation. Au théâtre, un retournement de situation est un moment où tout va être changé : ce qui était blanc devient noir, ce qui était noir devient blanc, ce qui était bien devient mal, ce qui était mal devient bien, etc. Tout est bouleversé. Ici en l’occurence, il y a un premier retournement de situation qui est le fait que l’esclave est dès le départ propulsé maître et le maître est tout de suite propulsé esclave.

Cela se trouve dans l’Acte I scène 1, la scène d’exposition, où ils arrivent sur une île, qui est l’île des esclaves et où l’ordre social est inversé. Ils se retrouvent là à cause d’un naufrage. C’est un premier retournement de situation très rapide et qui peut déjà surprendre.

Autre réponse possible : À la fin, l’esclave redevient esclave de sa propre volonté : Arlequin n’est pas obligé de le faire, il dit qu’il n’est pas capable d’être maître et il demande à Iphicrate de redevenir son maître. Ce dénouement peut aussi surprendre.

Choisissez entre ces deux moments et dites pourquoi est-ce qu’il y en a un des deux qui surprend le plus. Est-ce ce retournement de situation initiale ou ce retour à la normale du XVIIIe qui surprend quelqu’un du XXIe siècle ?

 

II. Questions d’avis personnel

 

Connaissez-vous une mise en scène de cette pièce ? Laquelle ?

La question de la mise en scène est incontournable dans le théâtre. Il faut avoir la curiosité de regarder sur internet ou autre un extrait d’une pièce de théâtre : il faut regarder les décors, les costumes, le jeu (réaliste ? exagéré ?), les effets sonores et visuels, etc. Il faut retenir le nom du metteur en scène et du théâtre où s’est jouée la pièce et la date. Une fois ces trois éléments réunis, vous allez pouvoir la présenter.

Il y a notamment une mise en scène de l’auteur Jean-Luc Lagarce (auteur qui est aussi au programme), qui date de 1994 et qui a été montée à Belfort.

 

Comment transposeriez-vous ce sujet à la société d’aujourd’hui ?

Il faut que vous fassiez travailler votre imagination : c’est quoi un esclave aujourd’hui ? Vous pouvez parler d’esclave moderne, de n’importe quel travailleur précaire, etc. Prenez une cause à défendre qui vous tient à cœur. Transposez le sujet, le retournement de situation, à une situation sur laquelle vous vous seriez renseigné (au niveau politique, économique, sociétal). Il faut travailler en amont à partir de journaux. Qu’est-ce que cela donnerait comme situation si un grand patron devenait ouvrier ? (cf : certaines émissions de télé-réalité qui sont basées sur ce principe).

 

Le retournement de situation final vous plaît-il ?

Il va falloir donner son avis. Le but, dans ce genre de question, est d’argumenter : ça me plait parce que ça montre la logique sous-jacente de cette époque, ou bien ça ne me plait pas que ça revienne à la normale parce que c’est le sens de l’histoire… Il faut trouver son axe et oser affirmer quelque chose.

 

Conclusion

 

Il faut lire la pièce, la mettre en rapport avec des enjeux contemporains et argumenter pour réussir cette épreuve.

L'Île des esclaves, Marivaux - Écrit

Date de publication

Écrite et mise en scène en 1725. Le XVIIIe siècle est un siècle mouvementé d’un point de vue politique : Louis XIV meurt en 17115 ; règne de Louis XV ; Révolution française (1789).

 

Genre

Comédie traditionnelle. Marivaux navigue entre la comédie sensible et la comédie plus traditionnelle, où il y a des jeux de mots, des quiproquos, des situations absurdes, des gags visuels comme des coups de pieds et des chutes qui se rattachent plutôt au théâtre d’improvisation de rue. Ce théâtre existait très fortement à cette époque. Il y a donc un comique qui se déploie sur tous les types d’humours. C’est aussi une comédie dans le sens où cela va bien finir : la comédie se définit à l’Antiquité par son issue heureuse. Ici, ce sera bien le cas.

 

Mouvement

L’île des esclaves se rattache au mouvement de la comédie italienne. Elle n’est pas tout à fait la commedia dell’arte (cf : les masques, Arlequin, Pierrot et Colombine…), avec des personnages italiens, principalement sans paroles (en France, certains de ces acteurs italiens sont venus jouer, mais étant interdits de parler, ils faisaient du mime). Arrivés au XVIIe siècle, ces comédiens italiens sont encore très présents au XVIIIe siècle ; Marivaux les a connus et a travaillé avec eux. C’est à partir de leur art de l’improvisation, de la grimace, du mime et de la manière de rebondir sur les mots que Marivaux a écrit un certain de pièces dont L’île des esclaves.

 

Auteur

Marivaux, de son vrai nom Pierre Carlet, était dramaturge, mais pas seulement. Il a écrit des romans et dans les journaux (le XVIIIe siècle connaît l’explosion de la presse et des journaux). Il a réussi à vivre de sa plume en travaillant, en publiant et en faisant représenter des pièces.

 

Moments-clés

– Arlequin et Iphicrate échouent sur une île où les rôles sociaux sont inversés : dans la scène d’exposition, Arlequin et Iphicrate font naufrages sur une île isolée où les rôles entre maître et esclave sont inversés : le maître devient l’esclave et l’esclave devient le maître. C’est une île où tout est à l’inverse. Iphicrate, le maître, va devenir l’esclave et Arlequin va devenir le maître.

– Arlequin renonce au rôle de maître : après des péripéties, Arlequin renonce au rôle de maître car il ne sent pas à sa place. Ce passage pose des questions politiques.

 

Thématiques importantes

– Inversion carnavalesque des rôles : le carnaval, la fête où tout le monde se déguise, est une inversion des rôles : les petits deviennent des grands ; les grands deviennent des petits. Tout est changé.

– Thème pré-révolutionnaire : cette pièce se situe en 1725, une soixante d’années avant la Révolution. Il s’agit d’une période où la place de chacun dans la société est remise en question : pourquoi un tel est domestique ? est-ce vraiment juste ? pourquoi n’y a-t-il pas une société basée sur le mérite plutôt que sur la naissance ?

 

Citation

« la différence des conditions n’est qu’une épreuve que les dieux font sur nous » : cette phrase se rattache à un idéal révolutionnaire et fait référence aux sources antiques à travers « les dieux » mythologiques.

 

Bonus

Mise en scène de Jean-Luc Lagarce en 1994. Jean-Luc Lagarce est un auteur au programme du baccalauréat de français. C’est un pont intéressant : comment un auteur contemporain a pu s’inspirer d’une pièce très classique, L’île des esclaves, pour en proposer sa lecture personnelle en 1994 ?