Cours Stage - Œuvre au programme : Le Rouge et le Noir, Stendhal

Dissertation - Le Rouge et le Noir, Stendhal

L'énoncé

Sujet de dissertation : En quoi l’antihéros d’un roman est-il un moyen de critiquer la société ?

Vous répondrez à cette question dans un développement structuré. Votre travail prendra appui sur le roman Le Rouge et le Noir de Stendhal, sur les textes et documents étudiés en classe dans le cadre du parcours associé à du parcours associé à cette œuvre, et sur votre culture personnelle.

 

Le but (et la difficulté) n’est surtout pas de montrer que vous connaissez votre cours : le plaquage de notions va à l’encontre de l’exercice. Plutôt, il faut penser le sujet comme le moyen de redécouvrir votre rapport à l’œuvre : c’est un prétexte à un enrichissement de votre lecture du roman et de son parcours, pour ainsi dire. Le cours, vos exemples, vont servir de nourriture intellectuelle à une pensée qui va prendre forme.


Question 1

Analyser le sujet et en définir les termes.

A l’origine, dans l’épopée, le héros est le demi-dieu ; il est en cela supérieur au commun des mortels. Plus généralement, le héros est un homme aux valeurs et aux vertus certaines (forme de supériorité sur le commun des mortels). C’est donc un modèle à suivre, un personnage porteur de valeurs pour la communauté. Mais le héros romanesque est plus ambigu que le héros épique : il est conçu à l’image de l’homme, c’est-à-dire pétri de faiblesses, parfois ambigu, souvent inconstant, en tout cas plus réaliste. Enfin, le héros a pu prendre le sens de « personnage principal ». Les romanciers vont jouer avec cette image du héros romanesque, en lui prêtant parfois les pires défauts ; en peignant des contre-modèles sociaux (des assassins par exemple) ; en racontant la vie banale d’un personnage banal ; ou tout simplement en empêchant le lecteur de décider de la nature de ces personnages.

Ce qu’il faut se demander alors sur la notion d’antihéros par rapport au programme : est-ce un contre-modèle, ou n’a-t-il pas quelque chose d’héroïque malgré tout (dans son rapport rebelle à un système par exemple) ?

Ce qui nous amène à nous interroger sur « critiquer » la société : l’antihéros est-il le support d’une critique de la société ? est-il le résultat d’une société viciée ?

Paradoxe : on comprend donc que c’est l’axiologie propre à l’antihéros qu’il va falloir discuter. Son statut a priori négatif ne sert-il pas une « bonne » cause, à savoir dévoiler les vices de la société ?

Un sujet de dissertation comporte souvent un problème, un paradoxe. C’est là qu’on va trouver le moyen de le reformuler en problématique.


Il faut partir d’une définition des termes du sujet pour bien cerner ses contours, ses enjeux, et éviter le hors sujet. Par exemple la notion de héros et d’antihéros.

Question 2

Elaborer une problématique.

L'antihéros peut-il être finalement un étalon moral en ce qu’il dévoile les défauts et vices de la société dans laquelle il évolue ?

Rappel du paradoxe : on comprend donc que c’est l’axiologie propre à l’antihéros qu’il va falloir discuter. Son statut a priori négatif ne sert-il pas une « bonne » cause, à savoir dévoiler les vices de la société ?

Question 3

Rédiger une introduction.

Si le héros représente un modèle à suivre pour une communauté, c’est donc qu’il renvoie à une représentation positive des comportements humains vers lesquels il faudrait tendre. Ainsi, l’antihéros est a priori celui qui présente des comportements nocifs envers la société, qu’il faut donc considérer comme un contre-modèle. Aussi, la question « En quoi l’antihéros d’un roman est-il un moyen de critiquer la société ? » peut sembler paradoxale au premier abord. Pour autant, un personnage d’antihéros sert bien à interroger les valeurs inhérentes à une société : comment un personnage d’antihéros a pu par exemple exister, si ce n’est à cause de cette société ? On comprend donc que c’est l’axiologie propre à l’antihéros qu’il va falloir discuter. Son statut a priori négatif ne sert-il pas une « bonne » cause, à savoir dévoiler les vices de la société ? Autrement dit, nous nous demanderons comment l’antihéros peut être un étalon moral en ce qu’il dévoile les défauts et vices de la société dans laquelle il évolue. Pour cela, nous établirons combien l’antihéros se définit bien comme un contre-modèle. Pour autant, le personnage d’antihéros est souvent séduisant, voire attachant… : n’est-il vraiment qu’un personnage orienté vers le mal ? Aussi, cette complexité du personnage nous invitera à réinterroger son rôle : n’est-il pas finalement le moyen de montrer les problèmes inhérents à la société dans laquelle il évolue ?

Rappel des 4 étapes :

- l’amorce (facultative mais bienvenue)

- la présentation du sujet en lien avec l’œuvre et le parcours au programme

- la problématique

- l’annonce du plan

Question 4

Proposer un plan détaillé.

I. L’antihéros, contre-modèle social

 

Ici, il s’agit de montrer comment l’antihéros est un repoussoir, le contraire d’un héros. S’il est un moyen de critiquer la société, c’est en ce sens que la société a laissé la possibilité à un antihéros d’exister.

 

1. Un antihéros est un personnage dont les défauts sont a priori un repoussoir

Sorel : l’hypocrite en chef

Le « héros » du Rouge et du Noir, le personnage principal, est un antihéros dans la mesure où il véhicule des valeurs qui sont négatives pour la société. En particulier, son hypocrisie fait de lui un personnage non sans mauvaises pensées et attitudes. L’usage de la focalisation interne grâce à laquelle le lecteur a accès aux pensées du personnage, et les commentaires du narrateur, permettent de mettre en avant son hypocrisie.

Exemple : les moments de séduction avec Mme de Rênal.

L’antihéros devient alors le moyen de critiquer la société.

2. L’antihéros peut réussir à tout et ne pas être « puni »

Il s’agit ici de réfléchir aux romans où il n’y a pas de « victoire » du « bien sur le mal », et qui montrent des personnages médiocres/peu aimables/criminels s’en sortir très bien.

Exemple : vous avez peut-être lu ou étudié Bel-Ami : le roman est l’histoire de l’ascension progressive et certaine de Georges Duroy, qui gravit les échelons en se servant de la gente féminine.

3. L’antihéros peut aussi être « puni », le roman choisissant alors d’orienter le discours contre lui

Exemple : Julien Sorel est condamné à mort.

Autre exemple : dans les Liaisons dangereuses, les personnages vils ont un destin malheureux.

Bilan de la partie : on peut donc considérer d’emblée l’antihéros comme le contremodèle social qu’il faut rejeter : il ne permet pas de critiquer la société, mais la société critique un tel comportement social. Pourtant, dans les grands romans, rien n’est parfaitement manichéen, et il est difficile de condamner totalement Julien, de ne pas nuancer sa lecture, voire de ne pas apprécier certains personnages antihéroïques.

 

II. Mais un antihéros peut être une figure séduisante : peut-il alors servir d’étalon moral ?

 

Les personnages dans un roman sont plus complexes en général quand dans le modèle épique. Cette complexité reflète la tortuosité de la nature humaine, et les lecteurs peuvent prendre en sympathie ces personnages qui ne sont pas tout noirs. En particulier, Sorel peut avoir quelque chose d’admirable dans sa velléité à se faire une place dans le monde.

 

1. Etre séduit par l’antihéros pour son pouvoir de lucidité

L’antihéros, s’il parvient à se frayer un chemin plus ou moins immoral dans la société, est donc un personnage assez intelligent pour se servir du système.

Il peut y avoir quelque chose d’attirant, voire d’admirable, dans cette lucidité et cette intelligence.

En exemple : on se souviendra des moments où Julien Sorel est tout à fait lucide sur les situations.

2. S’attacher à l’antihéros : la mise en abyme du processus d’identification

En outre, dans le roman, Julien Sorel a lui aussi un modèle de « héros » tout à fait problématique : Napoléon. Il serait intéressant de s’interroger sur la mise en abyme du processus d’identification, ou du moins d’attachement à une figure de personnage hors du commun. Et en effet, Julien Sorel, malgré son hypocrisie, ses lâchetés et son égoïsme, a malgré tout une trajectoire qui peut rendre compte d’un certain héroïsme.

Ici, c’est donc aussi l’occasion de réinterroger le sens de héros.

Utiliser par exemple l’incipit où le personnage lit le Mémorial de Sainte-Hélène.

3. L’antihéros : un personnage humain

Ainsi, le personnage antihéros peut avoir quelque chose de plus humain qu’un héros épique, et peut ainsi cristalliser davantage les identifications. On remarquera combien Julien Sorel est un personnage complexe qui n’est pas tout à fait bon ni tout à fait méchant, peut être fort et faible. Ainsi, s’il est antihéros, c’est parce qu’il ressemble à l’homme dans sa complexité.

Exemple : sa syncope au séminaire.

Autre exemple : les deux romans d’amour, bien que Sorel semble ne pas aimer ces deux femmes, on peut aussi les lire comme de véritables moments sentimentaux.

Bilan de la partie : Si on s’attache à l’antihéros, c’est qu’il se joue chez lui quelque chose de peut-être plus intéressant que l’attirance pour le mal. Alors, l’antihéros peut avoir quelque chose d’admirable en ce sens où il ne se conforme pas à la société et vient même se positionner en adversaire d’une société viciée. Autrement dit, l’antihéros met en évidence les failles de la société dans laquelle il évolue.

 

III. L’antihéros, personnage qui dévoile les mécanismes d’une société viciée

 

Il s’agit finalement de montrer combien les antihéros servent un discours contre la société : puisqu’ils servent de levier à un dévoilement des failles de la société, ils deviennent en quelque sorte des héros.

Le roman de Stendhal est aussi une « chronique » de son temps. Retenez bien le sous-titre du roman : « Chronique de 1830 ». Or, faire de Julien Sorel un antihéros, c’est aussi montrer comment cette société dysfonctionne.

Conseil : connaissez dans les grandes lignes l’Histoire du XIXe siècle, en particulier les étapes depuis la Restauration jusqu’à 1830 (Restauration : retour à un ordre conservateur avec Louis XVIII et Charles X, puis 1830 avec Louis-Philippe d’Orléans). Cela permet de restituer le roman et de comprendre ses enjeux historiques et sociaux. Rappelez-vous que le XIXe siècle est obsédé par les questions politiques.

 

1. Les personnages médiocres : antihéros d’une société antihéroïque.

La société de 1830 est critiquée à travers les personnages anti héroïques (la politique et la société) : Le Rouge et le Noir est rempli de personnages médiocres qui sont en cela des antihéros. Ces personnages, qui fondent aussi la dimension réaliste du roman, servent à montrer les rouages d’une société qui laissent la médiocrité réussir.

En exemple, prendre un personnage que vous avez trouvé particulièrement banal, médiocre ou mesquin.

2. La critique d’une société hypocrite à travers le roman d’apprentissage

Julien Sorel est aussi la victime de cette société hypocrite, puisqu’elle laisse croire à une potentielle réussite sociale grâce au mérite, alors qu’elle est en réalité encore engoncée dans les mécanismes de l’Ancien Régime. Autrement dit, seule la place sociale compte réellement.

Ainsi, on peut lire la trajectoire de Sorel comme un roman d’apprentissage : il n’a d’autre choix que d’être hypocrite et parfois vil pour se faire une place dans cette société figée et immobilisée.

Exemple : se reporter à la deuxième partie du roman, à l’histoire entre Mathilde de la Môle et Julien par exemple.

3. Le sublime du personnage

Intéressons-nous à la fin du roman et à ce refus implacable de Julien de se défendre contre la peine de mort : il reste loyal à sa propre moral et accède de la sorte à une sorte de sublime qui le hisse au dessus du reste des personnages « médiocres » du roman. On rappellera l’importance d’un mélange de registres du roman, entre réalisme et romantisme. Quelque part, Julien Sorel est un aspirant romantique qui a dû vivre dans un monde de réalisme froid, calculateur et sclérosé. Ainsi, s’il est un antihéros, c’est en tant qu’il est un héros romantique incompatible avec cette société dépeinte de manière réaliste par Stendhal.

Servez-vous de vos lectures analytiques comme exemples précis et détaillés, mais retenez aussi des exemples plus personnels que vous avez particulièrement appréciés. Ils rendront votre copie plus intéressante car différente des autres.


Etant donné le parcours de lecture « le personnage de roman, esthétiques et valeurs», vous devez maîtriser les enjeux littéraires liés au roman de formation, aux esthétiques du roman (entre réalisme et romantisme), aux notions de héros et d’antihéros (liées aux valeurs qu’ils véhiculent), et au lien entre la fiction et l’Histoire (le personnage sert à décrire un monde qui renvoie à un contexte historique et social particulier).


La première partie est souvent la partie qui part de l’évidence première, de l’idée la plus simple (c

Question 5

Rédiger une conclusion.

Retenons que l’antihéros est finalement personnage romanesque par essence, puisqu’il vient complexifier la structure du personnage épique beaucoup plus limpide. Cette complexité explique qu’il peut être séduisant. Surtout, s’il est séduisant, c’est aussi parce qu’il sait se montrer lucide et intelligent sur les mécanismes sociaux, pour s’en servir à ses propres fins. Il est bien là pour dévoiler en contrepoint les failles du monde représenté.

En ouverture : proposons de nous intéresser alors à l’exact opposé, au personnage romanesque qui se propose comme modèle ou idéal : la Princesse de Clèves par exemple, est-elle un personnage réaliste selon vous ?