Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ?

Comment le contrôle social s'exerce-t-il aujourd'hui ?

Il faut d’abord commencer par comprendre ce qu’est le contrôle social. Le contrôle social est l’ensemble des moyens matériels et symboliques mis en œuvre par une société pour s’assurer de la conformité de ses membres aux normes et aux pratiques en vigueur, et ainsi permettre la cohésion sociale. Ce cours détaille cette définition et explicite quels sont ces moyens matériels et symboliques et pourquoi ils assurent la cohésion sociale.

 

I. Contrôle social interne et externe

 

Le contrôle social peut être interne ou externe. Le contrôle social interne est le fait qu’un individu a bien intégré lors de sa socialisation les normes en vigueur et s’autorégule en s’interdisant lui-même de faire des actes non-autorisés. Par exemple, si je sais que je ne dois pas voler, je ne vole pas : il n’y a pas besoin de me sanctionner, de me punir, de mettre des antivols.

Il peut arriver que certaines normes soient moins rigides, moins intériorisées par les individus. Dans ce cas-là est mis en place un contrôle social externe, c’est-à-dire que la société de manière directe ou indirecte, formelle ou informelle, va exercer un contrôle social sur l’individu pour l’empêcher de commettre des actes qui ne sont pas conformes aux normes et aux valeurs, voire va le sanctionner s’il en a commis.

 

II. Contrôle social informel et formel

 

Le contrôle social peut être informel ou formel. Le contrôle social informel s’exerce surtout dans les groupes primaires. Il n’est pas codifié : il n’y a pas d’instances spécifiques qui mettent en œuvre ce contrôle social. Cela peut être la désapprobation ou le sarcasme. Si un individu ne s’habille pas conformément aux normes de la société dans laquelle il vit, s’il s’habille comme au XVIe siècle, cela va sans doute provoquer le sarcasme. Ce sarcasme lui envoie le message qu’il n’est pas habillé de la bonne manière.

Dans les groupes secondaires, et plus généralement dans nos sociétés, il s’exerce davantage un contrôle social formel. Il est mis en œuvre par des instances formalisées, de manière codifiée avec des normes souvent écrites. Ces instances sont la justice et la police qui contrôlent la bonne application des normes, des lois, à l’œuvre dans une société. Cela peut être des sanctions administratives, religieuses car les Églises quelles qu’elles soient sont des instances formalisées de contrôle social, ou des sanctions légales comme des amendes ou des peines de prison.

 

III. Situation actuelle

 

Dans nos sociétés, on assiste à un développement du contrôle social mis en place par des instances spécialisées. A mesure que la sécurité s’améliore, la société réclame un contrôle social de plus en plus important. Ainsi, des domaines qui n’étaient pas régulés avant par le contrôle social formel le deviennent. Les relations sociales dans la famille en sont l’exemple. Avant, mettre une gifle ou une fessée à un enfant n’était pas forcément contrôlé de manière formelle. Il pouvait y avoir un contrôle social informel là-dessus mais pas un contrôle social formel. Aujourd’hui, il y a un contrôle social formel qui s’exerce : la fessée est interdite par la loi. Autre exemple, avant, fumer dans les lieux publics n’était pas sanctionné. Petit-à-petit, le tabagisme est de plus en plus sanctionné de manière formelle pour prévenir le tabagisme passif. Le contrôle social formel s’étend dans nos sociétés : plus on est en sécurité, plus il y a une demande forte de régulation.

Cette demande est si forte que l’on cherche en général à prévenir les déviances avant de les sanctionner. par exemple, sont mis en place des régulateurs de vitesse sur les voitures pour empêcher les gens de dépasser la vitesse autorisée. On ne contrôle pas seulement qu’il ne le fasse pas, on empêche aussi la possibilité que cela arrive. C’est aussi valable pour les inhalateurs (les « ballons ») dans lesquels on est obligé de souffler pour démarrer bus et autres véhicules. Il y a de plus en plus de dispositifs mis en place pour prévenir les déviances.

Enfin, on remarque aujourd’hui que le contrôle social est de plus en plus élaboré et assisté par les nouvelles technologies. On a la mise en place d’un contrôle social permanent avec suivi des téléphones portables, des cartes bleues, etc., au point que l’individu devient lui-même agent de son propre contrôle social ce qui peut avoir des avantages puisque les individus se sentent mieux protégés, mais ce qui peut aussi être considéré comme une atteinte aux libertés des individus. C’est un reproche souvent fait aux nouvelles technologies.

 

Conclusion

 

Avec l’extension du contrôle social, et notamment du contrôle social par les nouvelles technologies, se développe le risque de stigmatisation des individus auxquels on attribuerait une étiquette de déviant, de non-conformité aux règles, et qu’on ciblerait plus particulièrement.

Quels sont les processus qui conduisent à la déviance ?

La déviance est l’ensemble des comportements qui transgressent les normes sociales en vigueur dans une société et qui pour cette raison font l’objet de sanction. La déviance n’est donc que par rapport à des normes : il ne peut y avoir déviance s’il n’y a pas de normes. A ce titre, Durkheim disait que la déviance est un phénomène normal statistiquement, qui existe dans toutes les sociétés. Dans toute société il y a des normes, et toute norme est appelée à être transgressée. La question est de connaître les raisons de la transgression des normes. La sociologie propose deux grands types d’explications à la déviance.

 

I. L’anomie

 

L’anomie est la déficience des règles sociales qui sont communément acceptées et qui deviennent incapables de contraindre les comportements des individus. Ces normes sociales s’affaiblissent et deviennent moins prégnantes, moins rigides et moins maitrisées par les individus qui ne sont alors plus en mesure d’avoir des repères clairs.

Selon Durkheim, cette anomie se manifeste par un écart entre ce que l’on peut espérer et ce que l’on peut obtenir. C’est de cet écart que naissent les comportements déviants. Plus tard, le sociologue américain Merton regarde l’anomie comme un décalage entre des objectifs socialement valorisés, ce que l’on doit réussir à atteindre (soit principalement le pouvoir, la richesse et le prestige) et la difficulté d’atteindre ces objectifs par les moyens jugés légitimes par la société. Cette contradiction entre les objectifs à atteindre et les moyens à disposition pour les atteindre est résolue par certains par la déviance.

 

II. L’étiquetage

 

La seconde explication est due à Becker, qui parle de l’étiquetage. Howard Becker est un sociologue américain, de la deuxième école de Chicago. Selon lui, la déviance est un processus fruit d’une suite d’interactions sociales. Il dit que c’est la théorie de l’étiquetage car est déviant l’individu à qui on aura apposé cette étiquette avec succès. Un même comportement peut être déviant mais pas étiqueté comme tel, ou au contraire, un comportement qui n’est pas a priori déviant peut être étiqueté comme tel. La déviance est donc la caractéristique d’un comportement étiqueté comme déviant auprès d’un individu.

Pour Becker, les individus déviants suivent une carrière déviante, c’est-à-dire un processus dans lequel ils font l’apprentissage de la déviance, par étapes. Au début, un individu commet un acte déviant, volontairement ou non. Si c’est involontaire, il peut se corriger. Si cela ne l’est pas, peut-être est-il étiqueté comme déviant. Cela le renforce dans cette carrière, dans cet apprentissage. Au fur et à mesure que l’on progresse dans la carrière déviante, que l’on s’associe potentiellement avec d’autres déviants, il devient de plus en plus difficile de faire marche arrière et de sortir de la déviance. Pour Becker, la déviance s’apprend, c’est un processus.

La déviance et la délinquance

I. Distinguer déviance et délinquance

 

La délinquance est une sous-catégorie de la déviance : il s’agit d’une transgression de norme qui fait l’objet de sanctions pénales. C’est le droit qui prévaut dans la société qui qualifie l’acte délinquant. Par exemple : cracher par terre est un acte déviant parce qu’il transgresse une norme, il n’est pas délinquant. Contrairement au vol, au viol, à la fraude ou l’évasion fiscale, etc.

Comme le droit évolue, un acte jugé normal avant peut devenir délinquant si on le pénalise. Par exemple, le rassemblement dans les halls d’immeuble est un acte délinquant depuis la loi de 2003. A l’inverse, un acte qui était considéré comme délinquant auparavant peut ne plus l’être si on le dépénalise. Par exemple, l’interruption volontaire de grossesse, n’est plus délinquant depuis 1975.

 

II. Mesurer la délinquance

 

A. Les données officielles des institutions judiciaires

Tous les mois, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales publie des données, telles que le nombre de personnes mises en prison, le nombre de gardes à vue, les faits constatés s’il a des procès-verbaux, les faits élucidés pour chaque acte délinquant, etc. Cet observatoire a estimé qu’entre 2016 et 2017, le nombre de vols en France a augmenté de 20 %.

Attention : les données officielles des institutions présentent des limites :

– Le droit évolue, donc si l’État pénalise de plus en plus certains actes, cela peut faire augmenter les chiffres de la délinquance et inversement.

– Les victimes peuvent sous-déclarer ou ne pas déclarer des actes. Lorsqu’il y a un vol, si on veut se faire rembourser par les assurances, il faut automatiquement porter plainte. De manière inverse, on sait que les viols sont souvent sous-déclarés.

– Le contrôle social effectué par les institutions judiciaires. Si on contrôle plus de gens, cela peut augmenter le nombre de garde à vue, etc., ce qui peut aussi augmenter les chiffres de la délinquance.

 

B. Le « chiffre noir » de la délinquance

Il y a donc une différence entre la délinquance réelle, ce qui se passe dans la société, et ce qui est mesuré par les institutions judiciaires. C’est ce qu’on appelle le « chiffre noir » de la délinquance. C’est un angle mort parce qu’il y a une partie de la délinquance que l’on ne voit pas forcément.

 

C. Les chiffres non-officiels de la délinquance

Il existe des données non-officielles à caractère scientifique. L’objectif n’est pas d’interroger les activités des administrations, mais d’interroger le sentiment de la population et notamment des victimes. A cet égard, il y a les enquêtes de victimation ou de victimisation qui visent à recueillir des témoignages auprès d’un échantillon représentatif.

Par exemple : l’enquête nationale de la violence envers les femmes mise en place en 2000. Cette année-là, on estime que 50 000 femmes de 20 et 59 ans ont été victimes d’un viol. Cependant, ces données non-officielles présentent aussi des limites :

– il peut y avoir une réticence à répondre aux questions,

– il peut exister des erreurs d’interprétation.