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Pourquoi pense t-on que de nombreux élèves n’ont pas envie de travailler ?

Posté par Bertrand | 10/12/2019 |

Il semblerait que nous prenions souvent comme postulat que beaucoup d’enfants ou adolescents n’ont pas spontanément envie de travailler à l’école et qu’il faudrait donc user de stratégies diverses pour les contraindre à s’impliquer dans leur scolarité.

Il est vrai que sans incitations de la part des parents et des professeurs, il est probable que peu d’élèves iraient s’inscrire de leur propre chef dans un parcours scolaire qui présente certes de l'intérêt mais aussi beaucoup de contraintes.

Mais qu’en est-il une fois que les élèves entrent dans la classe, est-on vraiment certain que la majorité d’entre eux a le désir profond d’en sortir au plus vite ? 

Si on sonde une classe ordinaire, sans doute que la majorité exprimera le désir d’aller s’aérer ou de rejoindre le sacro-saint canapé familial…

Que signifie cette volonté de vouloir s’échapper de ce lieu : est-ce le désintérêt d’apprendre ou l’appréhension de situations à venir ?

Apprendre la peur au ventre

Chez Les Bons Profs, nous émettons l’hypothèse que certains usages de l’école sont parfois de nature à freiner la curiosité naturelle et l’envie d’apprendre des élèves. Un tiers des enfants de primaire a mal au ventre en entrant en classe et ce phénomène se prolonge sans doute sous une autre forme à l’adolescence.

Le niveau des professeurs et les contenus proposés ne semblent pas en être la cause : nous avons une belle école avec des personnels qualifiés et engagés, mais qu’en est-il de nos méthodes d’évaluation, de notre capacité à tisser un lien bienveillant indispensable aux apprentissages ?

Le message de la mauvaise note

Lorsqu’un professeur met un 06/20 à un élève, il attend de sa part une réaction, un sursaut qui l’incitera à se surpasser la fois suivante. Cette démarche ne fonctionne hélas qu’avec une toute petite minorité d’élèves bien encadrés par leurs familles. 

Pour les autres, le sentiment de dévalorisation ou d’humiliation bloque toute curiosité et envie de tisser des liens. Dans bien des cas, cela se traduit par l’apathie, le chahut voire parfois la violence.

Nous pensons qu’un professeur devrait être fier de mettre des (très) bonnes notes à ses élèves, ce serait alors la preuve de la réussite de sa mission première : aider les élèves à comprendre et progresser. A contrario, lui mettre une mauvaise note nous semble un aveu d’échec, celui de n’avoir pas su mettre en place les conditions de sa réussite.

Les parents, de leur côté, pourraient alors inverser la tendance actuelle et valoriser un professeur qui a d’excellentes moyennes de classe. Les bonnes notes n’achètent pas la paix du groupe classe, ce sont les mauvaises qui la mettent en péril.

Une mise à jour des pratiques ?

Nous pensons qu’il faut renoncer à la maison et en classe à tous les usages qui visent à mettre les élèves en difficulté ou en situation dévalorisante :

  • Le contrôle surprise qui symbolise souvent la volonté de piéger les élèves (comme un contrôle fiscal pour les adultes)
  • Le passage au tableau sur une question que l’élève ne sait pas traiter (humiliation assurée)
  • La confusion entre le savoir vivre et l’évaluation d’un travail (mettre zéro à un élève indiscipliné)
  • les contrôles infaisables ou trop longs avec des notions non vues en classe (un autre piège) 
  • les notes négatives de classes préparatoires (comparable à un salaire négatif pour un adulte)
  • les appréciations et remarques dévalorisantes (qui ne soulagent que les adultes)

Chez les Bons Profs, nous sommes convaincus qu’il faut évaluer les élèves et leur faire des commentaires sur leurs productions, mais ces retours doivent être le plus possible bienveillants et encourageants, même si le travail est de piètre qualité. Cette posture devrait aussi être présente dans les familles en relai de l’école.

La note n’est pas le moteur des apprentissages

Les enseignants de notre équipe qui pratiquent des activités en classe sans le couperet de la note sont formels : les élèves travaillent mieux et plus sereinement. Et surtout la provocation classique de l’élève : “Si ce n’est pas noté, je ne vais pas travailler”  disparaît avec une rapidité sidérante lorsque l’élève trouve sa place dans le dispositif proposé.

Nous contestons aussi l’idée que les élèves ne veulent pas travailler : nous n’avons en effet forcé aucun de nos millions d’élèves à consulter nos vidéos en ligne et à partager des commentaires élogieux. Qu’on se le dise, les élèves sont capables de remerciements sincères dès lors qu’ils sont en confiance pour apprendre.

Une excellence scolaire bienveillante : le Graal éducatif

Modifier nos méthodes d’évaluation n’a pas pour vocation à renoncer à l’excellence scolaire, il existe de nombreux moyens de stimuler un élève autrement que par la peur d’avoir une mauvaise note. Le professeur doit rester très exigeant et proposer régulièrement des tâches complexes à réaliser.

Le pari de percevoir les élèves comme des êtres curieux et sensibles aux liens noués avec leurs professeurs est un pari audacieux : c’est celui que nous prônons, celui qu’Albert Camus a immortalisé dans la lettre qu’il a écrite à son premier instituteur après avoir reçu le prix Nobel de littérature :

 19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,

J'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève.

Je vous embrasse, de toutes mes forces.

Albert Camus

Qu'en conclure ?

Sans aller jusqu’à amener nos élèves et vos enfants au prix Nobel de littérature, il est clair que chaque avancée et chaque progrès observés chez eux justifie cette bienveillance !

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