Les tables de mobilité sociale

Les tables de mobilité sociale : principes de construction, intérêt et limites

Ce cours présente les principes de construction, l’intérêt mais aussi les limites des tables de mobilité sociale. Les tables de mobilité s’intéressent à la mobilité sociale dite intergénérationnelle. Il s’agit de l’évolution de la position sociale d’un individu en fonction de celle de son père.

La position sociale d’un individu est trouvée grâce aux professions et catégories socioprofessionnelles (PCS).

 

I. Comment construit-on les tables de mobilité sociale ?

 

C’est grâce aux enquêtes « Formation et qualification professionnelle » de l’INSEE que l’on est capable d’avoir ces tables. Cette étude a été menée quatre fois. La dernière enquête de 2015 étudie les filles, ce qui est une innovation. Avant, on ne s’intéressait qu’aux pères et leurs fils.

La population étudiée représente les personnes qui travaillent ou qui ont travaillé, âgées de 40 à 59 ans. On s’intéresse à leur revenu, leur diplôme, à leur profession, et bien entendu à celle de leur père.

On peut considérer qu’à travers cette enquête, il y a une mesure assez fiable de la trajectoire sociale car on s’intéresse à des personnes qui ont entre 40 et 59 ans et on considère qu’à cet âge, les individus sont correctement installés dans leur profession et catégorie socioprofessionnelle. On considère qu’ils ont peu de risque d’en sortir. A l’inverse, si on s’intéressait à des personnes moins âgées, cela rendrait probablement l’analyse moins pertinente.

 

II. L’intérêt des tables de mobilité sociale

 

Il faut savoir que nous vivons aujourd’hui dans des sociétés dites démocratiques, où les statuts, les professions ne sont pas assignés à la naissance. Ils dépendent de nos efforts consentis par exemple. Il y a aussi des idéaux, à la suite de la mise en place de politiques éducatives. Théoriquement, dans une société démocratique, tout le monde peut exercer le métier qu’il souhaite. Comprendre la mobilité sociale et pouvoir la mesurer permet de confronter la réalité sociale avec ces idéaux démocratiques. C’est tout l’intérêt de table de mobilité sociale.

 

III. Les limites des tables de mobilité sociale

 

On peut classer ces limites en deux familles.

A. La population étudiée

Dans un premier temps, un certain nombre de limites concernent la population étudiée. Il y a deux principales limites :

– La première limite est le fait de ne retenir que l’ascendance masculine. Ces dernières décennies ont été marquées par des mutations au sein de la famille : il y a beaucoup plus de familles monoparentales. Qui est l’ascendant de référence ? Est-ce que les enfants sont davantage en contact avec le père, avec la mère ? Ici, on s’intéresse uniquement au père et cela peut comporter des biais.

– La seconde limite est le fait d’appréhender la mobilité sociale et donc la réussite par exemple à partir de la profession d’un seul individu. Or, on peut vivre en concubinage et on peut considérer qu’on a réussi sa vie en s’intéressant aussi à la profession du conjoint. Concernant les indépendants, lorsque l’on s’intéresse à leur mobilité sociale, cela peut comporter des limites. Par exemple, pour certaines activités d’indépendants, il faut savoir si celle-ci est liée aussi à la fratrie, au conjoint et il faut mettre en place une analyse sur plusieurs générations. Il faudrait une analyse plus poussée pour mesurer la mobilité sociale de certains individus.

 

B. La méthodologie

Il y a aussi des biais statistiques sur des enquêtes déclaratives. Certains individus ne connaissent pas toutes les informations sur leur père. Parfois, les individus issus des catégories populaires ne connaissent pas toutes les informations. Certains n’hésitent pas à enjoliver certaines situations, par exemple, celle de leur père. Or, pour mesurer la mobilité sociale des individus, il faut connaître des informations précises.

L’utilisation des PCS rend difficile des comparaisons internationales. De plus, il y a seulement 6 PCS. Or, plus il y a de PCS, plus la probabilité de changer de PCS est forte. A l’inverse, moins il y a de PCS, plus la possibilité de rester dans la même PCS est grande.

Comment analyser une table de mobilité sociale ?

Il est ici question de la mobilité intergénérationnelle : on s’intéresse à la position sociale du fils ou de la fille par rapport à celle de son père. La position sociale est en rapport avec les professions et catégories socioprofessionnelles (PCS).

 

I. Les différentes tables de mobilité sociale

 

– La table de destinée s’intéresse au devenir d’une personne en comparant la PCS des pères à celle du fils ou de la fille. On s’intéresse à la question : « que sont devenus les fils de… ? » Par exemple, 7 % des filles d’agriculteurs exploitants sont devenues employées. 

– La table de recrutement interroge le milieu d’appartenance d’une personne en la comparant avec la PCS de leur père. Cela revient à poser la question suivante : « d’où venait telle personne ? ». Par exemple, 24 % des ouvrières avaient un père artisan, commerçant ou chef d’entreprise.

 

II. Les différentes interprétations

 

A. La reproduction sociale

Il y a reproduction sociale ou immobilité sociale lorsque la PCS du père est équivalente à la PCS de leur fils ou de leur fille.

 

B. La mobilité sociale

Il y a également de la mobilité sociale lorsque les individus ont une PCS différente de celle de leur père. Si on estime que la PCS de l’individu est une amélioration par rapport à la position sociale de son père, on parle de mobilité ascendante. A l’inverse lorsqu’on considère que la position sociale d’un individu se détériore par rapport à celle de son père, on parle de mobilité descendante ou de déclassement.

 

C. La mobilité sociale de proximité

Il y a aussi une mobilité sociale dite de proximité. Par exemple, une employée qui a pour père un ouvrier : employé et ouvrier ne sont pas dans la même PCS, on peut dire que c’est de la mobilité sociale mais il est compliqué de la définir comme ascendante ou descendante dans la mesure où on sait que les employés et les ouvriers sont situés au même niveau de la hiérarchie sociale, ont le même mode de vie, etc.

 

III. L’interprétation de tables de mobilité de 2015

 

A. La table de destinée

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1. Lectures diverses

Si les 100 % renvoient au père, c’est une table de destinée : par exemple sur 100 % d’agriculteurs pères, que sont devenus leurs fils ? 25 % des fils d’agriculteurs exploitants sont eux-mêmes devenus agriculteurs, 8 % sont devenus artisans, commerçants ou chefs d’entreprise, etc.

Autre lecture : 7,9 % des fils dont le père exerçait une profession intermédiaire sont devenus artisans, commerçants ou chefs d’entreprise. On peut considérer que c’est une mobilité sociale ascendante car on peut considérer que le statut d’indépendant est plus prestigieux.

10 % des fils de cadres ou d’un père avec une profession intellectuelle supérieure sont devenus ouvriers. Dans ce cas, on peut parler d’une mobilité sociale descendante ou d’un déclassement.

Enfin, 9,4 % des fils d’ouvriers sont devenus cadres ou occupaient une profession intellectuelle supérieure. Dans ce cas, on parle de mobilité sociale ascendante.

2. Diagonale

Il est intéressant de s’intéresser aux données situées au niveau de la diagonale des tables de mobilité sociale. Plus ces chiffres sont élevés, plus la reproduction sociale est forte puisqu’en diagonale, on met en relation la PCS du fils et celle du père : ce sont des PCS identiques.

La reproduction sociale est la plus forte chez les cadres, puisque 47,6 % des fils de cadres sont devenus cadres. 47 % des fils d’ouvriers sont devenus ouvriers. C’est chez les employés que la reproduction sociale est devenue la moins forte : seulement 16,6 % des fils d’employés sont devenus employés.

 

B. La table de recrutement

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1. Lectures diverses

De même, on cherche à qui renvoie le 100 % : il s’agit ici des filles. Par exemple, chez les employées, 8 % avaient comme père un agriculteur exploitant. 12 % des employées avaient comme père un artisan, un commerçant ou un chef d’entreprise.

48,3 % des employées avaient comme père un ouvrier. On peut parler d’une mobilité sociale dite de proximité.

18,6 % des filles qui occupent des professions intermédiaires avaient un père cadre ou d’une profession intellectuelle supérieure. Dans ce cas, on peut parler de mobilité sociale descendante ou de déclassement.

Seulement 15,3 % des femmes cadres ou qui occupent une profession intellectuelle supérieure ont un père ouvrier. On parle de mobilité sociale ascendante.

2. Diagonale

On observe que c’est chez les agricultrices et les ouvrières que la reproduction sociale est la plus forte. A l’inverse, c’est chez les employées que la reproduction sociale est la moins forte.