Cours Stage - Action de l’École sur les individus, sur la société

Exercice - Etude comparative des inégalités scolaires selon les territoires

L'énoncé

Trois cartes de contextualisation des inégalités scolaires.

Source : lemonde.fr 23/04/2017

Première carte : Les zones rouges de l'échec scolaire

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Deuxième carte : Le poids du contexte socio-économique

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Troisième Carte : Les zones en difficulté moins dotées

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Question 1

À partir de la comparaison des deux premières cartes, détaillez dans quelle mesure une corrélation être établie entre taux de chômage et échec scolaire dans chaque zone géographique.
Le rapprochement entre les deux cartes permet d'appréhender une corrélation manifeste entre taux de chômage et échec scolaire dans la mesure où les zones les plus durement touchées par le chômage sont aussi celles où le niveau d'échec scolaire le plus fort est recensé. Les anciennes zones minières au Sud-Est de Lille, l'arc méditerranéen s'étalant de Perpignan à Marseille, et d'autres poches aux alentours de Bordeaux, de Nice et dans le centre de la France sont les régions aux contextes sociaux difficiles qui soutiennent cette confrontation des deux indicateurs. À contrario la Bretagne, l'ancienne Basse-Normandie, la région Rhône-Alpes, ou celle englobant le Nord de l'Occitanie et le sud de l'Auvergne et du Limousin combinent des contextes sociaux et un niveau d'échec scolaire qui sont tous deux favorables.

Question 2

Formulez deux pistes d'analyse pour décrire dans quelle mesure un fort taux d'échec scolaire peut se traduire par un taux de chômage élevé.

Le diplôme est un levier d'accès à l'emploi très important. Un individu détenant un niveau de diplôme plus élevé à moins de chance de se retrouver sans-emploi qu'un sujet avec un niveau de qualification moindre. Une corrélation directe entre niveau d'échec scolaire et taux de chômage peut ainsi être faite dans la mesure où toutes les personnes sortant du système éducatif sans qualifications ont statistiquement beaucoup moins de chances d'accéder à un emploi que les autres et viennent ainsi gonfler les rangs du chômage.

Par ailleurs, au delà de l'aspect discriminant du diplôme, l'apprentissage dispensé par l'institution scolaire est de nature à renforcer « l'employabilité » des élèves. L'école transmet des compétences, des connaissances générales qui permettent de construire la réflexion des élèves, ainsi que des codes de conduites que l'individu retrouvera ensuite dans la sphère professionnelle. Les individus en situation d'échec scolaire maîtrisent d'autant moins ces acquis qu'ils ne sont plus formés par l'école. Les compétences détenues par ceux-ci sont d'autant plus faibles et les éloignent du marché de l'emploi.

Question 3

Proposez une analyse des liens entre fort taux de chômage et échec scolaire qui s'appuie sur la notion de reproduction sociale.

Il convient dans cette question de saisir dans quelle mesure un fort taux de chômage local a une influence sur la réussite scolaire et éducative du territoire. En effet, les individus au chômage ne bénéficient pas de l'outil majeur de socialisation qu'est le travail.
Aussi, dans la mesure où ils sont éloignés de l'emploi, les compétences dont ils disposent sont moins exploitées et tendent à se « désactiver ». Cette situation peut être de nature à influer sur la réussite scolaire des plus jeunes qui n'ont pas autour d'eux les modèles de réussite sur qui prendre exemple ou auxquels ils pourraient se référer. Un phénomène de reproduction des conditions sociales peut ainsi être envisagé, d'autant plus que des perspectives de déclassement social directement liées à la situation d'absence d'emploi sont en mesure de peser sur le moral et sur les projets d'avenir des chômeurs, autant que sur ceux des plus jeunes qui subissent ces situations dans leur environnement immédiat.

Enfin, l'échec du système éducatif à accompagner pleinement ses sortants vers l'emploi entraîne la remise en question de la pertinence et de la qualité de celui-ci. Moins bien perçu, il a d'autant moins de chance d'être investi intensément par ses élèves. Cette analyse ne prend bien sûr pas en compte l'ensemble des situations particulières qui permettent (heureusement!) de démentir pour bien des cas ces analyses de reproduction des conditions sociales.

Question 4

Détaillez l'explication des causes des variations de dépenses éducatives selon les académies : « Les dépenses pour l'enseignement sont différentes d'une académie à l'autre, selon le degré d'expérience des professeurs, mais aussi de l'offre de formation. »
Les professeurs avec le plus d'ancienneté et le plus d'expérience sont les mieux rémunérés. Ainsi, certaines académies sont mieux loties que d'autres dans la mesure où elles sont plus attractives pour les professeurs qui souhaitent s'y installer. Par ailleurs, les membres de ces académies ont d'autant plus de chances d'y rester et de s'y installer longtemps à la différence de régions moins plébiscitées. Les dépenses d'éducation seront ainsi relativement plus fortes dans les zones les plus appréciées du personnel éducatif. Par ailleurs, la diversité des offres de formation, des options proposées dans les collèges et les lycées tend à s'accroitre avec le dynamisme, la densité d'un territoire, ou son caractère urbain. C'est effectivement dans les villes attractives qu'il va y avoir une forte demande pour la variété de l'offre de formation aussi bien qu'une large possibilité de pouvoir répondre et d'offrir cette variété d'options. Cela conduit par extension à des inégalités dans les dotations des dépenses éducatives respectives de chaque zones. Les territoires les moins dynamiques vont potentiellement plus facilement subir ce contrecoup et recevoir moins de dotations financières de la part du ministère public.
 

Question 5

Quels liens peut-on faire entre fort chômage et faiblesse des dépenses éducatives ?

De façon parallèle, les régions les moins attractives et les plus délaissées sont aussi celles qui sont les plus touchées par le chômage. Il y a une corrélation manifeste entre taux de chômage et faiblesse des dépenses éducatives, comme cela est par exemple le cas d'après les cartes 2 et 3 pour les académies d'Amiens, de Reims, de Nice ou encore de Montpellier.

Le chômage est la marque de régions où l'activité économique ne prend plus, ne parvient pas à se développer. C'est donc également un indicateur de la pauvreté du dynamisme économique local. Or, c'est sur ce dynamisme économique que s'appuient les collectivités pour développer leurs recettes par l'intermédiaire de la fiscalité, recettes qui leur permettent de renforcer l'aménagement du territoire, de soutenir et de maintenir la vitalité de leur tissu associatif ou de réaliser des investissements culturels conséquents. Ces investissements sont effectivement un complément nécessaire aux dépenses éducatives directes et sont indispensables pour le maintien de l'égalité des chances.

Aussi, les régions les plus déshéritées économiquement sont aussi celles qui attirent le moins de professeurs expérimentés et qui vont avoir le plus de mal à développer la diversité de leur offre de formation, ainsi que nous avons pu le voir dans la question précédente. Enfin, dans des territoires touchés par le chômage, les fonds publics vont probablement être alloués en priorité vers les dépenses de protection sociale ou de développement économique, l'école pouvant indirectement en pâtir. Le fort taux de chômage d'une zone est ainsi nécessairement un facteur d'impact et une cause de la difficulté des pouvoirs locaux à réaliser les dépenses éducatives que leur école nécessite.